La Vie des Saints

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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Jean de Taulère

Il existait au XIVe siècle, dans la ville de Cologne, un célèbre prédicateur nommé Taulère, lequel était fameux par sa science et par sa charité. ✞ 1361.

Hagiographie de Jean de Taulère

Il existait, au XIVe siècle, dans la ville de Cologne, un célèbre prédica­teur nommé Taulère, lequel était fameux par sa science et par sa charité. Un jour, il se trouvait à l’église, priant Dieu de tout son cœur de lui faire connaître le meilleur moyen de le servir. Sa prière achevée, il sort et voit accroupi sur une des marches de la porte un pauvre à peine couvert de quelques haillons, et si défiguré que sa vue seule excitait la pitié. Il avait la tête à moitié rongée par un ulcère, il avait perdu un bras et une jambe, et tout son corps était couvert d’horribles plaies. Saisi de compassion, Taulère s’approche de ce malheureux, tire une pièce d’argent et le saluant :

« Bon­jour, mon ami ».

« Merci, Monsieur, répondit le pauvre ; mais je n’ai jamais eu de mauvais jours ».

Taulère crut que le malheureux ne l’avait pas com­pris et lui répéta :

« Je vous souhaite un bon jour ; je vous souhaite d’être heureux et d’avoir tout ce que vous pouvez désirer ». 

« Je vous ai très-bien entendu, Monsieur, répliqua le mendiant, et je vous remercie de votre charité ; mais je vous dis qu’il y a longtemps que votre souhait est accompli ».

Taulère se disait en lui-même :

« Ce bonhomme a perdu la tête, ou peut-être est-il sourd ».

Jean de Taulère

Fête saint : 17 Mai
Jean de Taulère
Présentation
Titre : Le Vénérable
Date : 1361
Pape : Innocent IV
Empereur : Charles IV

« Le bonheur est possible dans toutes les conditions, aussi bien pour le pauvre que pour le riche, pour le malade que pour l'homme bien portant. Le bonheur est dans le cœur, et non ailleurs ; il est dans la disposition, et non dans la situation. Faisons la volonté de Dieu, aimons Dieu, et nous serons heureux dans quelque situation que nous nous trouvions ».

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Sermon

C’est pourquoi, haussant le ton, il lui cria :

« Vous ne m’avez pas entendu : je souhaite que vous soyez heureux ». 

« Pour Dieu, Monsieur, ne vous fâchez pas ; je vous ai déjà dit que je vous entends très-bien, et je vous répète que je suis très-heureux et que je n’ai jamais eu de mauvais jours ».

Un instant Taulère le tint pour fou ; mais il remarqua dans les paroles de cet homme un certain air qui appela son attention. Il s’approcha de lui, s’assit à ses côtés et le pria avec candeur de lui mieux exprimer ce qu’il lui avait dit.

« Monsieur, lui répondit ce pauvre homme, c’est très-clair. Depuis mon enfance, je sais que Dieu est sage, juste et bon ; depuis mon enfance, je souffre de la cruelle maladie qui m’a dévoré une grande partie du corps ; j’ai toujours été pauvre … Je me suis dit : Rien n’arrive sans la volonté ou la permission de Dieu. Le Seigneur sait mieux que moi ce qui me convient, parce que le Seigneur m’aime comme un père aime son fils … Je suis par conséquent bien sûr que ces souffrances sont pour mon plus grand bien. Ainsi, je me suis accoutumé à ne vouloir jamais que ce que veut mon aimé et bon Seigneur ; et s’il m’envoie des maladies, je les reçois avec joie, comme si elles étaient mes sœurs ; s’il me donne la santé, je l’accepte avec plaisir ; s’il ne me donne pas à manger, je suis content de jeûner pour expier mes péchés et ceux d’autrui ; si je n’ai pas de quoi me vêtir, je me rappelle mon Sauveur nu dans la crèche et sur la croix, et je me trouve beaucoup plus riche que lui ; si je souffre sur la terre, je com­prends que je serai beaucoup plus heureux dans le ciel.- Que vous dirai-je de plus ? Je suis toujours content : et si je pleure d’un œil, je ris de l’autre, parce que je veux tout ce que Dieu veut, je ne désire que l’accomplisse­ment de sa sainte volonté. Vous voyez donc, Monsieur, que je suis très heureux, que je n’ai jamais eu de mauvais jours et que j’ai tout ce que je puis désirer ».

Sa charité

Taulère pleurait en silence … Il n’avait jamais entendu un sermon aussi édifiant. Il donna au pauvre son manteau, l’unique pièce de monnaie qui restait dans sa bourse, et, malgré la plaie de la tête, il embrassa l’homme avec effusion. Il rentra dans l’église pour remercier Dieu de lui avoir en­seigné le moyen le plus parfait de le servir. Il imita dans la suite, autant qu’il le put, ce saint pauvre, et il avait coutume de dire, en rappelant cette touchante aventure :

« Le bonheur est possible dans toutes les conditions, aussi bien pour le pauvre que pour le riche, pour le malade que pour l’homme bien portant. Le bonheur est dans le cœur, et non ailleurs ; il est dans la disposition, et non dans la situation. Faisons la volonté de Dieu, aimons Dieu, et nous serons heureux dans quelque situation que nous nous trouvions ».

Il combat l'hérésie

Si les vertus et les prédications de Jean Taulère le rendirent célèbre dans le XIVe siècle, dit Touron, les écrits pleins de lumière et d’onction qu’il a laissés, ont fait passer son nom avec gloire à la postérité. Bossuet, sainte Thérèse, Louis de Blois, le comptent avec raison au nombre des plus grands maîtres de la vie spirituelle. Il naquit en Allemagne, l’an 1294, et embrassa l’institut des Frères Prêcheurs dans le couvent de Strasbourg, vers le commencement du pontificat de Jean XXII.

Taulère brilla dans la chaire, à Cologne surtout, et à Strasbourg. Il combattit les Quiétistes et les Béghards ou faux spirituels, qui commençaient à se glisser dans les rangs de l’Église. Ses prédications étaient suivies par­tout des effets les plus prodigieux. Son éminente piété, sa profonde érudi­tion, l’austérité de sa vie, l’éloquence la plus incisive et la plus entraînante forçaient les pécheurs les plus endurcis à se rendre à la voix qui les appelait. Mais autant était mâle et pressante son éloquence, autant était douce, onc­tueuse et persuasive sa direction spirituelle. Aussi portait-il les âmes qu’il conduisait dans les difficiles sentiers de la vie, à la plus grande perfec­tion.

Laudare, benedicere, praedicare Contemplata aliis tradere Veritas
Laudare, benedicere, praedicare Contemplata aliis tradere Veritas
Portrait de Bossuet par Hyacinthe Rigaud
Portrait de Bossuet par Hyacinthe Rigaud

Ses écrits

Quant à sa doctrine, voici comment en parle Bossuet. Il dit :

« Qu’à son avis, Taulère n’était pas seulement un zélé prédicateur, mais un des plus solides et des plus corrects des mystiques ».

Il dit aussi :

« Que son livre des Institutions est parmi les livres mystiques un des plus estimés. Si l’on remarque », ajoute-t-il, « dans certains de ses écrits quelques exagérations, elles sont plutôt dues à la manière de parler de son temps qu’à l’imperfec­tion de sa doctrine ».

D’ailleurs, comme le fait observer Suarez, cet au­teur ne parlait pas, dans ces circonstances, avec la précision et la subtilité scolastiques, mais avec des phrases mystiques. Et Bossuet a dit encore, que, et sans vouloir diminuer de la réputation de Taulère, « on ne doit pas prendre au pied de la lettre tout ce qui est échappé à ce saint homme ». Il est im­possible, du reste, comme le remarque Feller à son tour,

« De rappeler aux règles communes tout ce qui a été écrit sur cette matière ; la morale », dit-il, « a ses mystères comme le dogme, ses profondeurs comme tout ce qui tient à la divinité, ses exceptions et ses contradictions apparentes comme toutes les sciences, même la géométrie. Vouloir la réduire à une exactitude parfaitement générale, l’affranchir des modifications dont toutes les notions divines et humaines sont essentiellement susceptibles, c’est en faire un être de raison ».

Gerson lui-même a dit :

« Qu’il ne faut pas toujours exiger dans ces sortes d’ouvrages la précision rigoureuse du langage, ni même des notions communes de la morale. Car », ajoute-t-il, « ceux qui n’ont pas l’expérience de la vie mystique n’en peuvent non plus juger qu’un aveugle des couleurs ». 

Taulère n’a écrit qu’en allemand. Surins a rassemblé ses ouvrages et donné une traduction latine imprimée à Cologne en 1552. Ceux qu’on tient pour plus authentiques, sont :

1°) Quelques sermons du Temps et des Saints ;

2°) Une Vie de Jésus-Christ ;

3°) Les Institutions, de tous le plus célèbre ;

4°) Des Épîtres ;

5°) L’Alphabet doré ;

6°) Un Dialogue entre un théologien et un mendiant. Touron lui en attribue quelques autres, mais sur lesquels on conserve des doutes. Nous avons une traduction récente de ses sermons, par M. Charles de Sainte-Foi. 

Sa naissance au ciel

Terminons enfin cette notice par la mort édifiante de ce saint religieux. Après une vie entière écoulée dans l’exercice de la contemplation, dans l’accomplissement de l’apostolat le plus fructueux, dans la pratique des plus belles vertus évangéliques, accablé de fatigues, d’années, de croix et d’une paralysie, son corps succomba, et son âme bénie s’envola radieuse vers les montagnes éternelles, le 16 des calendes de juin de l’an 1361. C’est dans le couvent de Strasbourg qu’il rendit son âme à Dieu, c’est là que repose encore aujourd’hui sa dépouille mortelle.