La Vie des Saints

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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Sainte Victoire

À Rome, le martyre de sainte Victoire, vierge, qui, durant la persécution de l’empereur Dèce, fut percée par un bourreau d’un coup d’épée au cœur, à la demande de son fiancé. 253.

Hagiographie de sainte Victoire

Victoire était de Tivoli, ville assez près de Rome ; elle naquit de parents illustres selon le monde et encore plus par la religion chrétienne dont ils faisaient profession. Lorsqu’elle fut nubile, ils la promirent en mariage, de son consentement, à un gentilhomme, nommé Eugène, qui avait de très bonnes qualités, mais était encore engagé dans les superstitions de l’idolâtrie ; car alors la différence du culte n’était pas un empêchement au mariage. Une autre fille, nommée Anatolie, que quelques auteurs font sa sœur selon la chair, et d’autres seulement selon l’esprit, fut en même temps accordée à Tite Aurèle, seigneur romain, mais païen. Celle-ci avait fait vœu de virginité et ne voulait aucunement consentir à cette alliance qui, en la ravissant à Jésus-Christ, devait la faire épouse d’un profane, d’un sacrilège et d’un esclave du démon. 

Le seigneur Aurèle, qui avait une extrême passion pour elle, employa divers moyens pour la résoudre ; mais voyant qu’il n’en pouvait venir à bout, il pria Victoire, comme accordée à son ami Eugène, d’entreprendre cette affaire et de persuader à Anatolie de ne point différer davantage ses noces. Victoire ne put lui refuser ce service ; elle alla voir Anatolie et lui tint ce discours :

« Vous savez, ma sœur, que je suis chrétienne comme vous, et qu’en cette qualité je suis bien éloignée de vouloir vous donner un mauvais conseil ; cependant, si vous voulez me croire, vous consentirez au plus tôt à votre mariage. Dieu n’a point condamné les noces ; nous voyons au contraire dans l’Écriture que les Patriarches et les Prophètes, ses amis et fidèles serviteurs, ont eu des femmes et que Dieu a béni leur postérité. D’ailleurs, celui que vos parents vous ont destiné est homme d’honneur, il ne vous accusera point comme chrétienne, il n’empêchera point que vous fassiez tous les exercices de votre religion ; il y a même espérance que, par l’amour conjugal qu’il aura pour vous, il embrassera le culte du vrai Dieu dont vous faites profession ».

Sainte Victoire
Fête saint : 23 Décembre
Sainte-Victoire
Présentation
Titre : De Tivoli
Date : 253
Pape : Saint Lucius
Empereur : Emilien

Pour sainte Vic­toire, elle fut à l'épreuve de toutes les sollicitations et de tous les outrages d'Eugène. Il la garda quelques années dans son château, pendant lesquelles il ne lui faisait donner pour nourriture qu'un morceau de pain bis le soir. Il lui fit aussi endurer beaucoup d'autres mauvais traitements indignes de sa naissance et de sa vertu, pour la réduire à l'épouser ou à adorer les idoles, mais inutilement.

Discours

Anatolie écouta patiemment ce discours, mais Victoire s’étant tue, elle prit la parole et lui dit :

« O ma chère Victoire, triomphez de la malice du démon et soyez Vic­toire d’effet comme vous l’êtes de nom ! Quand il fallut peupler le monde, Dieu dit aux hommes : « Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre » ; mais maintenant que l’univers ne manque point d’habitants, le Fils de Dieu, descendu du ciel sur la terre pour nous donner une doctrine céleste, ne cesse point de crier : « Croissez dans la foi, augmentez dans la charité et remplissez le ciel, car le royaume des cieux approche ».

Elle lui dit encore d’autres choses très-pressantes, et, pour la persuader davantage, elle ajouta :

« Ma chère sœur, le jour que je distribuai aux pauvres le prix de mes joyaux, j’eus une vision dans laquelle un jeune homme m’apparut avec un diadème d’or sur la tête, vêtu de pourpre et couvert de pierres précieuses, et me dit d’un air agréable et d’un visage plein de gaieté :

« O virginité qui êtes toujours dans la lumière et jamais dans les œuvres de ténèbres ! » À ces paroles, je m’éveillai fort triste de n’avoir pas entendu le reste et je me jetai à terre, les larmes aux yeux, priant Jésus-Christ que celui qui m’avait dit ce peu de mots continuât de m’instruire.

Comme j’étais ainsi prosternée, le même jeune homme ajouta : « La virginité est une pourpre royale qui relève celles qui en sont revêtues au-dessus de toutes les autres. La virginité est une pierre d’un prix inestimable ; la virginité est le trésor immense du Roi des rois. Les voleurs tâchent de la ravir à ceux qui la possèdent ; conservez-la avec toute la diligence possible, et soyez d’autant plus sur vos gardes pour la conserver, que vous la possédez dans un degré plus éminent ».

Un discours si puissant et si pathétique toucha vivement Victoire ; elle fut heureusement vaincue par celle qu’elle avait entrepris de vaincre, et, ayant pris la résolution de demeurer vierge, elle vendit, comme Anatolie, ce qu’elle avait de bagues et d’autres vains ornements et en donna tout l’argent aux pauvres. 

Martyre de sainte Victoire et de sainte Anatolie

Dès que les seigneurs Eugène et Aurèle surent la résolution de ces deux généreuses filles, ils n’épargnèrent rien pour les obliger à en venir au mariage. Ils s’adressèrent pour cela à l’empereur même : ils obtinrent la permission de les enlever et de les mener en leurs maisons de campagne, pour tâcher de les gagner, ou par la douceur, ou par les menaces et même par les mauvais traitements. Sainte Anatolie se distingua par sa constance et subit le martyre, comme nous l’avons dit au 9 juillet. Pour sainte Vic­toire, elle fut à l’épreuve de toutes les sollicitations et de tous les outrages d’Eugène. Il la garda quelques années dans son château, pendant lesquelles il ne lui faisait donner pour nourriture qu’un morceau de pain bis le soir. Il lui fit aussi endurer beaucoup d’autres mauvais traitements indignes de sa naissance et de sa vertu, pour la réduire à l’épouser ou à adorer les idoles, mais inutilement ; Victoire demeura invincible au milieu de tant de supplices. Elle eut même l’adresse, dans le peu de liberté qu’elle avait, de gagner plusieurs épouses à Jésus-Christ, en persuadant à de jeunes demoi­selles qui venaient la voir de lui consacrer leur pureté virginale.

Martyrologes

Adelme, évêque des Saxons occidentaux, en Angleterre, qui a composé son histoire en vers héroïques, rapportés par Surius en ce jour, dit qu’elle en assembla jusqu’à soixante qui menaient une vie angélique et qui chan­taient jour et nuit des hymnes et des psaumes à l’honneur du vrai Dieu. Il ajoute qu’elle fit plusieurs miracles, et que, entre autres, elle chassa un horrible dragon qui infectait tout ce pays, après avoir fait promettre au peuple qu’il embrasserait la religion chrétienne. Enfin, Eugène lassé de sa persévérance, obtint de Julien, pontife du Capitole et comte des temples, un bourreau nommé Tiliarque pour la faire mourir. Celui-ci lui donna un coup d’épée dans le cœur, et en fit une glorieuse martyre de Jésus-Christ. Ce fut sous la persécution de Dèce le 23 décembre de l’année 253. Le mal­heureux qui lui avait donné le coup de la mort devint aussitôt lépreux, et au bout de six jours il mourut rongé des vers. Le corps de la Sainte fut enterré où elle avait été exécutée. Sa mémoire est marquée dans les quatre martyrologes, et principalement dans celui d’Adon.

Sainte Victoire
Sainte Victoire