La Vie des Saints

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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

Histoire des Saints, des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Saint Vincent Ferrier, prêtre dominicain du XIVe siècle, incarna une force spirituelle inébranlable.

Saint Vincent Ferrier naquit à Valence en Espagne, l’an 1357, de parents forts recommandables par leur piété et leur amour pour les pauvres, qui lui donnèrent une excellente éducation.

À l’âge de dix-sept ans, il entra dans l’ordre de Saint-Dominique, où l’on en conçut les plus belles espérances. Il fut employé au saint ministère, à l’enseignement et à la prédication, et partout ses connaissances, ses talents et ses vertus lui donnaient une réputation extraordinaire.

Pour éprouver sa vertu, Dieu permit qu’il fût assailli par de violentes tentations. Vincent, fidèle aux règles prescrites par une sage direction dans les circonstances critiques, triompha de tous les efforts de l’enfer.

Son cœur était perpétuellement uni à Dieu ; en sorte que ses études, ses travaux, toutes ses actions, devenaient une prière continuelle. Il s’était si bien trouvé de cette pratique, qu’il la recommandait depuis à tous les chrétiens.

Il refusa constamment toutes les dignités ecclésiastiques, et, content du titre de missionnaire apostolique, il parcourut la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Espagne, convertissant partout des milliers d’âmes. Au milieu de tant de courses et de travaux, il ne diminua rien de ses mortifications.

Sa sainteté, ses miracles, contribuaient à l’efficacité de ses paroles, finit sa noble carrière, à Vannes en basse Bretagne, l’an 1419.

À quoi se réduisent les règles de la perfection, selon saint Vincent Ferrier ? À trois choses : à éviter les distractions extérieures causées par les soins superflus ; à veiller avec beaucoup de précautions pour garantir son cœur de l’enflure de l’orgueil ; à bannir tout attachement immodéré aux choses sensibles

Culte et reliques de saint Vincent Ferrier

Saint Vincent prêcha de 1398 à 1419. Par les fruits qu’il a produits, on ne saurait dire qu’aucun autre missionnaire l’ait dépassé. Il a été l’homme de la Providence pour maintenir les peuples dans la foi, à l’époque du schisme d’Occident.

Il serait curieux de dresser le tableau de tous les lieux, et spécialement ceux de notre pays, où Vincent laissa, pour ainsi dire, l’empreinte de ses pas : nous nommerons quelques localités où a subsisté le plus longtemps le souvenir de son passage.

Carpentras conserva avec vénération, jusqu’en 1793, la chaire dans laquelle Vincent prêcha le 14 décembre 1399 ; – on voyait naguère à Cler­mont, celle où il monta, en 1407 ; – on lisait aussi, dans une église de Ne­vers, une inscription qui rappelait ses prédications dans cette ville.

À Rodez, la tradition porte qu’il prêcha dans un grand pré du prieuré de Saint-Félix, qui n’en est pas éloigné. À Saint-Omer, on vénéra longtemps son cilice.

À Graus, en Catalogne, il institua la procession des disciplinants, et il jeta les fondements de cette compagnie merveilleuse de saintes âmes qui l’accompagnèrent dans ses pérégrinations apostoliques. Dans cette même ville de Graus, il laissa, comme un souvenir, un crucifix qui lui fut demandé par les habitants. Cette image devint l’instrument de plusieurs miracles.

Les anges le visitèrent souvent ; mais une des plus belles manifestations angéliques faites à notre Saint fut celle de l’ange gardien de Barcelone. En entrant dans la ville, il vit, près de la porte, un jeune homme resplendissant de lumière, tenant un glaive d’une main et de l’autre un bouclier. Le Saint lui demanda ce qu’il faisait en ce lieu avec ces armes. « Je suis l’ange gardien de Barcelone », répondit-il, « cette ville est sous ma protection ». Dans le premier sermon qui suivit cette vision merveilleuse, Vincent raconta ce qui lui était arrivé, félicita les habitants de Barcelone sur leur bonheur, et les pria de rendre des actions de grâces à l’ange qui les gardait ; ce qu’ils firent en construisant une petite chapelle à l’endroit même où l’ange s’était montré au saint prédicateur. Une énorme statue d’ange surmonte encore aujourd’hui (1872) le palais de la douane à l’entrée du port de Barcelone : c’est, sous une autre forme, le souvenir perpétué de la vision dont Vincent fut favorisé, et dont le récit dut extrêmement réjouir les cœurs des Barcelonais.

Nous ne savons si l’histoire en images de saint Vincent a été faite ; il nous semble qu’on pourrait la raconter de la façon suivante : 

1°) Sorti en procession, pendant qu’il est encore au berceau. Une longue sécheresse désolait Valence. Un jour que sa mère partageant la tristesse commune, exprimait son inquiétude, elle entendit son enfant emmailloté prononcer distinctement ces paroles : Si vous voulez de la pluie, portez-moi en procession. Le petit Vincent y fut porté triomphalement, et à peine la cérémonie était-elle terminée qu’une pluie abondante tomba pendant plusieurs heures sur la terre desséchée ; telle est la tradition immémoriale des habitants de Valence ;

2°) Saint Dominique tient le jeune postulant par la main et le présente au prieur du monastère de Valence : celui-ci avait eu en effet cette vision miraculeuse la veille du jour où Vincent vint frapper à la porte des Dominicains, accompagné de son père (2 février 1367) ;

3°) Un pauvre arrête sa mère dans la rue et lui dit : Madame, pourquoi êtes-vous triste …. ? Constance Miguel, en effet, après avoir consenti à l’entrée de son fils chez les Dominicains, alla un jour le solliciter avec larmes d’entrer dans le clergé séculier. Vincent lui rappela ces paroles de saint Bernard : Celui qui sort du couvent pour rentrer dans le siècle quitte la compagnie des Anges pour prendre celle du démon ….. La noble dame étant allée chercher dans la maison  une abondante aumône pour récompenser le pauvre, consolateur, de ses bonnes paroles, elle ne le trouva plus, malgré ses recherches ; c’était un Ange ; 

4°) A genoux, devant sa table de travail, il exhale vers le ciel une prière ardente ; car aussi studieux et aussi savant qu’il était pieux, sa coutume était d’aller de l’étude à la prière, et de la prière à l’étude. Vincent connaissait l’hébreu, l’arabe et le grec ; 

5°) Autre scène qui se rapporte au temps de ses études : Une nuit, entre autres, qu’il priait devant le crucifix des Martyrs, et qu’il méditait sur les douleurs de Jésus en contemplant les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté sacré, il se sentit attendri jusqu’aux larmes, et dans sa vive compassion il s’écria : « Ô Seigneur, que vous avez souffert sur la croix ! »Le crucifix tourna la tête du côté gauche où priait le Saint, et lui répondit : « Oui, Vin­cent, j’ai souffert toutes ces douleurs et plus encore ». Ce crucifix miraculeux, dont la tête garda la position qu’elle avait prise en prononçant ces paroles, a été religieusement conservé jusqu’à nos jours ;

6°) Debout sur une borne, au milieu de la place du Brou à Barcelone, alors affligée d’une horrible famine, il représente à ses auditeurs combien l’oubli des lois divines attire de fléaux sur les peuples chrétiens et prédit qu’à l’entrée de la nuit, deux vaisseaux uniquement chargés de blé entreront dans le port : un murmure accueillit cette prédiction du jeune orateur ; mais à la grande surprise de tous ceux qu’avaient irrités sa prophétie, les vaisseaux annoncés purent aborder, malgré la tempête affreuse qui depuis plusieurs jours agitait la mer (1372-75) ; 

7°) Un nuage miraculeux le rend invisible à Violante, reine d’Aragon, épouse de Jean. Cette princesse, qui s’était placée sous sa direction spirituelle, eut un Jour la curiosité de l’aller voir dans sa cellule, malgré la défense expresse qu’il lui en avait faite. La cellule lui fut ouverte par les religieux : ils le trouvèrent à genoux et priant, mais il fut impossible à la reine de le voir, quoiqu’il fût devant elle. Je suis ici, dit Vincent, mais tant que la reine ne sortira pas, elle ne me verra pas. Elle sortit enfin, et lorsqu’elle allait sortir. il se rendit visible, mais armé d’un visage sévère ….. ;

8°) Un autre épisode nous montre que saint Vincent était peu tendre pour les grands de la terre, chez lesquels il ne voulut jamais ou presque jamais loger. Un jour qu’il prêchait sur le marché au bois à Valence, la princesse Jeanne de Prades, sœur de la reine d’Aragon, assistait à son sermon. Or, il arriva qu’une énorme pierre venue l’on ne sait d’où, tomba sur la tête de la princesse et l’étendit à demi-morte. Ce n’est rien, dit Vincent ; cette pierre n’est pas tombée pour tuer la princesse, mais seulement pour abattre la tour qu’elle porte sur la tête : il désignait ainsi l’ornement extravagant de sa chevelure. Puis, il lui cria : Princesse Jeanne, levez-vous. À la grande stupéfaction de tous, elle se releva saine et sauve ;

9°) Le Sauveur du monde, accompagné d’une multitude d’Anges et des glorieux Patriarches, Dominique et François, lui apparaît, lorsqu’il est malade à Avignon. Nous avons raconté cette vision plus haut ;

11°) Il guérit des malades en leur imposant les mains. On cite spécialement un négociant, nommé Seuchier, habitant du bourg de Bram, dans le département de l’Aude, à qui Vincent rendit la vue, pendant la mission de Mon­tolieu (25 mars 1426) ; un paralytique des environs de Lérida, que le Saint vit des yeux de l’esprit se traîner à une demi-lieue de l’endroit où il prêchait et qu’il envoya chercher par deux serviteurs du roi d’Aragon ; 

11°) Voici le sujet d’un beau tableau : Vincent est près du lit d’un moribond désespéré, qui répond à toutes ses exhortations par ces horribles paroles : Je veux me damner au déplaisir de Jésus-Christ ! Vincent plein de confiance en la miséricorde de Dieu, se tourne vers le moribond et lui dit : Malgré toi, je te sauverai. Il invite les personnes présentes à invoquer avec ferveur la sainte Vierge, et l’on récite le Rosaire. Dieu veut montrer combien lui plaît l’héroïque espérance de son serviteur ; avant que le Rosaire soit terminé, la chambre du moribond est remplie de lumière ; la Mère de Dieu apparaît portant dans ses bras le divin enfant, mais tout couvert de sanglantes blessures. Le pécheur témoin de ce spectacle, demande pardon à Dieu et aux hommes ; 

12°) Il ordonne à un enfant encore au maillot de marcher. Une femme venait de mettre un enfant au monde, et son mari, qui cherchait un prétexte pour la quitter, l’accusa d’infidélité. La femme désolée eut recours à Vincent : « Venez à mon sermon prochain, lui dit-il ; priez votre mari de se mêler à l’auditoire, et ne manquez pas de faire porter votre petit enfant ». Lorsque Vincent eut achevé son discours, il ordonna à la mère de déposer son enfant par terre, et à celui-ci d’aller trouver son père ; l’enfant se mit à marcher et démêla, au milieu de la foule, celui qui était réellement son père. Un miracle aussi extraordinaire ne pouvait que faire rentrer la paix dans le ménage ;

13°) Il met un crucifix sur la bouche d’un ecclésiastique d’Avignon, constitué en dignité. Un jour, on vint lui dire que ce personnage ne vivait pas conformément à la dignité de son état. Il passe toute la nuit en prières, et au point du jour se rend au palais du prélat les mains armées d’un crucifix, entre et arrive jusqu’à la chambre où il était couché ! « Mon fils », lui dit-il, « Jésus vient vous trouver, faites la paix avec lui » ; en disant cela, il lui met le crucifix sur la bouche et sort rapidement. Le noble ecclésiastique, frappé de stupeur, rentra en lui-même et alla faire sa confession à Vincent ;

14°) Il change en statues de marbre deux pécheurs endurcis dans le crime. Prêchant un jour à Pampelune, il est saisi d’un ravissement soudain au milieu de son discours qu’il interrompt. Revenu à lui-même, il avertit son auditoire que . Dieu lui ordonne de laisser là sa prédication pour aller empêcher une offense grave qui se commettait en ville. Aussitôt, il se dirige, suivi d’une foule curieuse, vers un palais somptueux ; il touche de ses mains les portes fermées ; elles s’ouvrent d’elles-mêmes. On entend les voix de deux personnes qui se livrent dans une chambre aux ébats du plaisir. Vincent leur adresse la parole du dehors et les menace d’un châtiment terrible : on se moque de lui. Alors Dieu frappa les moqueurs et ils furent changés en deux statues de marbre. Aussitôt Vincent entre et montre à l’assistance les effets terribles de la vengeance divine. Cependant, touché de compassion, il s’approche, et soufflant dans la bouche des deux statues, il leur rend la vie. Les deux malheureux se reconnaissent coupables et se confessent l’un après l’autre. À peine eurent-ils reçu l’absolution sacramentelle, que la véhémence de leur contrition leur donna une seconde mort aux pieds du Saint ;

15°) Il reçoit un papier descendu du ciel. Prêchant un jour en Espagne, il est appelé pour assister un moribond encore plus chargé de péchés que d’années. À toutes les avances de cet ardent chasseur des pécheurs, le moribond ne répond que par des refus. Je vous assure, lui dit Vincent, que Dieu vous a pardonné ; je prends vos péchés sur moi, et si j’ai quelque mérite je vous en fais l’abandon. L’âme troublée du malade se rassure, et il finit par ajouter : Je me confesserai, mais il faut auparavant que vous me mettiez par écrit la demande du pardon et la donation proposée. Aussitôt Vin­cent écrivit le tout sur une feuille de papier et la mit entre les mains du malade : celui-ci entra dans une douce agonie et expira paisiblement. À peine avait-il rendu les derniers soupirs que la supplique disparut pour suivre l’âme au tribunal du souverain Juge. À quelque temps de là, comme Vincent prêchait sur la place publique à plus de trente mille personnes, on vit descendre du ciel une feuille de papier qui se plaça entre les mains du prédicateur : c’était celle qu’il avait donnée au moribond. Vincent expliqua alors un mystère qui surprenait tout le monde. Qu’on juge de l’impression produite sur la foule par le récit de ce miracle surprenant ; une autre fois, appelé à Pampelune, près du lit de mort d’une pécheresse publique endurcie, il lui dit qu’il ferait venir du ciel son absolution, si elle promettait de se confesser. « S’il en est ainsi, je le veux bien, répondit la courtisane ». Alors il traça ces mots : « Frère Vincent supplie la très-sainte Trinité de daigner accorder à la présente pécheresse l’absolution de ses péchés ». L’écrit s’envola au ciel et revint quelques instants après portant tracé en lettres d’or l’engagement suivant : « Nous, très-sainte Trinité, à la demande de notre Vincent, nous accordons à la pécheresse dont il nous a parlé, le pardon de ses fautes ; nous la dispensons de toutes les peines qu’elle devait endurer, et si elle se confesse, elle sera dans une demi-heure portée dans le ciel. …. » ; 

16°) Il voit sainte Colette, sa contemporaine, en prières aux pieds du Sauveur et entend Jésus-Christ qui lui dit : Tes pleurs me sont agréables, ma fille ; mais les hommes qui blasphèment mon nom, sont bien peu dignes de pitié ;

17°) Pendant qu’il célèbre la messe, à Va­lence, une femme lui apparaît comme sur l’autel entouré de flammes et tenant entre ses bras un enfant meurtri. C’était sa sœur Françoise qui, mariée à un riche négociant, avait commis l’adultère avec un de ses serviteurs, pendant l’absence de son mari. Couverte de honte, elle empoisonna cet homme, et fit périr le fruit de ses entrailles, avant qu’il vînt au monde. Pour comble de malheur, elle n’osa pas avouer ces fautes en confession. Enfin elle rencontra un prêtre inconnu, avoua ses crimes et mourut trois jours après. Elle était décédée depuis longtemps, lorsqu’elle s’adressa à son frère pour obtenir que sa peine fût abrégée. Vincent pria, et au bout de trois jours elle lui apparut couronnée de fleurs, environnée d’Anges et montant au ciel ;

18°) Entrant dans une maison, il obtient à une femme laide le don de la beauté ; à Valence, qui fut bien souvent le théâtre des plus éclatants miracles de notre Saint, il arriva que, passant un jour par une certaine rue, saint Vincent entendit sortir d’une maison des voix bruyantes et des cris de rage, accompagnés de parjures, de blasphèmes et d’horribles imprécations. Le Saint, entrant dans cette maison, en vit sortir le chef de famille suffoqué par la colère, et il trouva sa femme qui continuait à le maudire et à vomir d’exécrables blasphèmes. Aussitôt Vin­cent entreprit de l’apaiser. Il lui demanda pourquoi elle était si furieuse, et pour quelle raison elle proférait des blasphèmes si détestables. La femme répondit en sanglotant : « Mon Père, ce n’est pas seulement aujourd’hui, mais tons les jours et à toutes les heures du jour, que ce malheureux homme, mon mari, vient me persécuter, et il n’en finit jamais de me battre et de me déchirer de ses coups ; ce n’est pas une vie, mon Père, c’est une mort continuelle, une damnation de l’âme, et un enfer pire que celui des démons. – Non, ma fille, ne parlez pas ainsi, répondit le Saint avec une extrême douceur; cette colère ne vous avance à rien, sinon qu’à offenser Dieu plus grandement encore, lui qui pour votre amour a souffert sur la croix et sur le calvaire. Mais dites-moi, de grâce, pour quelle raison votre mari vous persécute et vous maltraite de la sorte ? – C’est que je suis laide, répondit la femme. – Et c’est pour cela, répondit le Saint, qu’il offense Dieu si fort ! Alors, levant sa main droite sur le visage de cette femme, il ajouta : « Allons, ma fille, à présent vous ne serez plus laide ; mais rappelez-­vous de servir Dieu et d’être une sainte ». A l’instant même cette pauvre malheureuse devint la femme la plus belle qui se trouvât alors à Valence. Après cela, l’homme de Dieu l’exhorta avec beaucoup de gravité à servir le Seigneur bien fidèlement et à être sainte, l’assurant qu’à l’avenir son mari n’aurait plus occasion de l’injurier et de la maltraiter à cause de sa laideur. Ensuite il partit, content d’avoir ainsi retiré de cette maison l’occasion d’offenser Dieu aussi grièvement, et d’avoir remédié au sort éternel de cet homme qui maltraitait sa femme avec tant de cruauté. Ce miracle est devenu si célèbre en Espagne, que de nos jours encore, alors qu’on rencontre une femme difforme, on dit en manière de proverbe : « Cette femme aurait bien besoin de la main de saint Vincent » ;

19°) Chose qui semble incroyable à un public entier l’a vu au milieu de sa prédication prendre subitement des ailes, s’envoler dans les airs, disparaître pour aller très-loin consoler et encourager une personne malade qui réclamait son assistance, et puis revenir de la même manière après avoir rempli cet acte de charité, pour continuer sa prédication. C’est pourquoi on représente Vincent avec des ailes, comme les anges. 

20°) Les Anges jouent un autre rôle dans les images de notre Saint. Au moment où son âme très-pure quittait son corps, les fenêtres de la chambre où il expirait s’ouvrirent d’elles-mêmes soudainement, et l’on vit entrer une foule de tout petits oiseaux, pas plus gros que des papillons, très-beaux et plus blancs que la neige ; ils remplirent non-seulement la chambre, mais toute la maison. Quand le Saint eut rendu le dernier soupir, ces oiseaux merveilleux disparurent, mais ils laissèrent l’endroit embaumé d’un parfum délicieux. Tout le monde fut convaincu que c’étaient des Anges qui s’étaient montrés sous cette forme pour venir chercher le Saint, et conduire son âme en triomphe au paradis ; 

21°) Mais il est un troisième trait dans la vie du Saint qui est la raison principale pour laquelle on lui attribue des ailes. Le Saint, prêchant un jour à Salamanque à plusieurs milliers de personnes, arrêta un moment son discours ; puis il se mit à dire à la foule étonnée : « Je suis l’Ange annoncé par saint Jean dans l’ Apocalypse, cet Ange qui doit prêcher à tous les peuples, à toutes les nations, dans toutes les langues, et leur dire : Craignez Dieu et rendez-lui tout honneur, parce que l’heure du jugement approche». Saint Vincent, voyant le peuple surpris et paraissant même ne pas vouloir ajouter foi à ses paroles, répéta ces mots : « Je vous le dis encore une fois, je suis l’Ange de l’Apocalypse, et de cette affirmation je veux vous donner une preuve manifeste. Allez à la porte de Saint-Paul, vous y trouverez une morte qu’on conduit à la sépulture; amenez-la ici, et vous aurez la preuve de ce que je vous annonce». Ainsi que l’avait dit le Saint inspiré de l’esprit prophétique, on trouva la morte; on la conduisit sur la place, et l’on mit le cercueil de façon à ce que tout le monde pût le voir. Saint Vincent ordonna à cette morte de revenir à la vie. « Qui suis-je ? » lui dit-il en lui commandant de parler. La morte se leva aussitôt et dit : «Vous, père Vincent, vous êtes l’Ange de l’Apocalypse, ainsi que vous l’avez annoncé ». Le Saint demanda ensuite à la ressuscitée si elle voulait mourir de nouveau, ou si elle resterait encore volontiers sur la terre. Celle-ci répondit qu’elle désirait vivre encore, et le Saint lui dit : c, Vous vivrez encore un bon nombre d’années ». Ce qui arriva effectivement ;

22°) Un autre prodige non moins extraordinaire que celui de l’apparition des papillons se fit au moment de sa mort, qui peut fournir un motif de plus aux artistes. Jean Liquillic, de Dinan, avait en sa possession plusieurs chandelles qui avaient servi à la messe du Saint, et il les gardait précieusement dans une caisse fermée à clef, en sa propre chambre. Le 2 février 1419 , désirant les faire brûler en l’honneur de la Vierge, il va les prendre ; mais il ne les trouve point. Toutes ses investigations pour savoir ce qu’elles étaient devenues sont vaines. Mais quel n’est pas son étonnement, le 5 avril de la même année, en voyant toutes ces chandelles sur sa caisse, où elles étaient miraculeusement allumées. Il alla chercher sa femme pour contempler cette merveille, mais il n’en comprit pas d’abord la signification. Quand plus tard il sut que ce jour même était celui de la mort de saint Vincent, alors il s’expliqua le prodige ;

23°) On pourrait ajouter l’âne. Nous avons déjà dit que, pauvre et humble, le religieux saint Vincent allait dans ses missions et partout à pied, jusqu’à ce qu’enfin, quelques années avant sa mort, ayant une plaie à la jambe, il fut dans la nécessité de se faire transporter. Le pauvre de Jésus-Christ ne voulut choisir d’autre monture qu’un âne chétif, c’est-à-dire l’animal le plus vil et le plus abject. Il en accepta un en aumône; il n’avait pas d’argent pour l’acheter; sa pauvreté en outre était si grande, qu’il n’avait même pas de quoi le faire ferrer. Un jour il le conduisit à un maréchal ferrant, le priant par charité de vouloir bien lui ferrer sa bête. Quand l’opération fut terminée, le maréchal, ne pensant nullement avoir travaillé par charité, demanda au religieux le prix de la main-d’œuvre et de ses fournitures ». Je n’ai rien à vous donner, lui dit le Saint, mais Dieu vous récompensera de votre charité. – Eh Père ! reprit l’ouvrier, je ne peux travailler uniquement par charité : je suis, voyez-vous, chargé de famille ….. Payez-moi, ajouta-t-il, ou je ne vous rends pas votre âne». Le bon Saint le pria de nouveau, en l’exhortant à lui faire cette aumône ; mais le maréchal répondit encore : « Il est certain que je ne peux le faire, et vous n’aurez ni la bête ni les fers que vous ne m’ayez payé ». Alors le Saint, ô prodige inouï ! se tournant du côté de la bête, lui dit : « Cet homme ne veut pas donner les fers qu’il vous a mis, parce que je ne peux le payer ; allons, rendez-les-lui, et partons ». A ces paroles, l’animal, comme s’il avait compris, secoua ses pieds l’un après l’autre, et jeta miraculeusement les fers que le maréchal lui avait posés. A la vue de ce miracle, l’ouvrier, stupéfait, se précipita aux genoux du Saint, lui demanda pardon de son avarice obstinée, et, ferrant de nouveau l’âne, il lui donna les fers et son travail par charité. Il se contenta de se recommander humblement aux prières du religieux, reconnaissant que si un Saint aussi grand priait pour lui, son intercession lui rapporterait bien plus que tout l’or et tous les trésors du monde ;  

24°) Et la croix. Un jour Vincent se fit introduire dans la synagogue de Salamanque par un Israélite avec lequel il s’était lié d’amitié pour ce motif. Il y entra le crucifix à la main, ce qui mit la confusion et le trouble parmi les assistants. Mais le Saint les tranquillisa en leur disant qu’il était venu pour leur parler d’une affaire importante, et il le pensait bien ainsi, car il ne trouvait point d’affaire plus importante que celle du salut. A ce mot d’affaire importante, les Juifs s’imaginèrent donc que c’était pour leur parler de quelque intérêt public, et ils l’écoutèrent avec une grande attention. Alors, usant de douces et suaves paroles, Vincent commença à leur parler de la sainte foi chrétienne et particulièrement de la Passion et de la mort du Fils de Dieu. Pendant que le Saint prédicateur s’efforçait de persuader aux infidèles les gloires de la croix du Christ Rédempteur du monde, il parut un grand nombre de croix sur les habits de chacun de ceux qui étaient réunis dans cette célèbre synagogue. Mais ce qui est plus prodigieux encore, c’est que les croix qui paraissaient au dehors sur les vêtements des hommes et des femmes pénétraient invisiblement dans leurs cœurs, et, remués par la grâce divine, ils se firent tous chrétiens. La consolation du Saint fut si grande en cette prodigieuse conversion, qu’il voulut les baptiser tous de ses propres mains. Puis il fit consacrer cette synagogue en une église qui fut appelée la Vraie-Croix ; 

25°) Le père Cahier, dans ses Caractéristiques, reproduit une très-belle figure de saint Vincent Ferrier. Drapé majestueusement dans son ample toge de dominicain, des ailes sont attachées à ses épaules : nos lecteurs connaissent maintenant la signification de cet attribut. De la main droite, celui qui s’est qualifié lui-même d’Ange de l’Apocalypse montre le ciel, et sa main gauche tient avec aisance une immense trompette, comme souvenir de ses prédications sur le jugement dernier ; – le même auteur indique les attributs suivants, comme étant plus spécialement caractéristiques du Saint dans l’art populaire : le monogramme du nom de Jésus, par allusion à ces paroles qui ouvraient à saint Paul et à tous les missionnaires la carrière de l’apostolat : « Il portera mon nom devant les peuples et les rois » ; ces mots de l’Apocalypse, tracés sur une banderole : « Craignez le Seigneur, et rendez-­lui l’honneur qui lui est dût, parce que l’heure du jugement approche »; une chaire, parce qu’on fait remonter à lui, sinon l’établissement, au moins la propagation de l’usage d’invoquer la sainte Vierge, avant le sermon ; un chapeau de cardinal, à ses pieds, pour exprimer son refus des dignités ecclésiastiques ; un drapeau, comme symbole des prédications par lesquelles il enrôlait les pécheurs convertis sous la bannière de Jésus-Christ ; l’enfant, coupé en morceaux, auquel il rendit la vie ; une flamme sur le front, comme symbole de l’inspiration (manière peu recommandable) ; le lis, symbole de la virginité, conservée jusqu’à la mort. – D’après le même auteur, saint Vincent Ferrier est le patron des briquetiers, tuiliers, plombiers et couvreurs. Nous n’avons pas découvert le motif de ce patronage. Serait-ce à cause des nombreux morts qu’il ressuscita ? (L’histoire a enregistré quarante résurrections, opérées par saint Vincent, entre autres celle d’un architecte.) Et parce que les hommes de ces diverses professions sont plus particulièrement exposés à de chutes mortelles ? 

Terminons par le portrait de saint Vincent. Notre bienheureux Prêcheur était doué de toutes les qualités oratoires capables d’impressionner les multitudes. Un extérieur agréable prévenait d’abord en sa faveur : il était de taille moyenne, bien proportionné, dégagé, beau de visage ; des cheveux dorés formaient sa couronne ; ils blanchirent légèrement vers la fin de sa vie ; son front était large, majestueux, serein ; le contour de sa figure était admirablement dessiné ; ses grands yeux bruns et vifs respiraient l’éclat, non moins que la modestie ; dans sa jeunesse il avait le teint blanc, coloré d’une rougeur vermeille ; ses longues mortifications donnèrent à sa figure une austère pâleur, signe irrécusable de sa pénitence. Sa seule vue, aussitôt qu’il était en chaire, inspirait une merveilleuse componction au cœur de tous, tant la sainteté et les diverses vertus qui l’accompagnent , resplendissaient sur son visage ; Sur la fin de sa vie il prêchait avec tant de force et de vigueur, avec tant de vivacité dans le geste, qu’il semblait non pas un vieillard abattu par l’âge et la fatigue, mais un puissant jeune homme échauffé par une impétueuse ardeur et arrivé à peine à sa trentième année. Ce déploiement subit de force pendant sa prédication était comme un miracle quotidien qui ravissait les assistants. Le sermon achevé, il redevenait de nouveau faible, infirme, exténué ; son visage était pâle, sa marche lente, il avait besoin de s’appuyer sur le bras secourable qui l’avait aidé à monter en chaire; on ne pouvait croire que ce fût le même homme, et on se disait que pendant qu’il prêchait, le Saint-Esprit agissait en lui pour ranimer son corps débile et lui communiquer une miraculeuse énergie.

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Oraison

O Dieu, qui avez daigné, par les prédications et les mérites du bienheureux  Vincent, votre confesseur, jeter de l’éclat sur votre Église : accordez à vos serviteurs d’être édifiés par ses exemples, et d’être, par sa protection, délivrés de tout ennemi. Par J.-C. N.-S. Ainsi soit-il.

Saint Vincent Ferrier : Vie, Miracles et Dévotion

Confesseur de l'Ordre des frères Prêcheurs, ✞ 1419.

saint Vincent Ferrier

Présentation

Fête saint : 05 Avril

Temps de lecture : 3 min.

Date : 1357-1419
Pape : Innocent VI ; Martin V

Sommaire

Pensée

Les impies ne cherchent qu’à perdre les âmes : travaillons à les sauver. Que serait-ce si, au lieu d’édifier, nous donnions de mauvais exemples? Un apôtre est un ange de Dieu ; le pécheur scandaleux est un démon.

Pratique

Respectez et aimez à entendre la parole de Dieu.

Priez

Pour les prédicateurs.