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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Saint Marc

À Alexandrie, la naissance au ciel de saint Marc L’Évangéliste. Disciple et interprète de l’apôtre Pierre, il écrivit l’Évangile à la prière des chrétiens de Rome. ✞ 68

Sommaire

Hagiographie de saint Marc

La fondation de l’Église d’Alexandrie se rattache à l’activité apostolique de saint Pierre. Il entrait dans les desseins de la Providence que les plus illustres sièges de la chrétienté pussent montrer à leur origine le nom de  celui que Jésus-Christ avait établi le fondement de son Église, le pasteur universel des agneaux et des brebis. Dans les Actes des Apôtres, nous le voyons à la tête de l’assemblée des fidèles à Jérusalem ; c’est lui qui organise l’Église d’Antioche, qu’il gouverne pendant quelques années. De la métropole de l’Orient il transporte sa chaire à Rome, capitale de l’Occident et du monde entier. Enfin par Marc, son interprète et son disciple, il fonde l’Église d’Alexandrie.

Ce sont les propres paroles d’Eusèbe :

« Pierre, dit l’historien du IVe siècle, établit aussi les églises d’Égypte, avec celle d’Alexandrie, non pas en personne, mais par Marc, son disciple. Car lui-même pendant ce temps s’occupait de l’Italie et des nations environnantes ; il envoya donc Marc, son disciple, destiné à devenir le docteur et le conquérant de l’Égypte ».

Voilà pourquoi les Églises de Jérusalem, d’Antioche et d’Alexandrie resteront les premières après l’Église mère et maîtresse de toutes les autres : elles formeront comme autant de rayons de la primauté apostolique, dont la plénitude se concentre dans le siège de Rome.

Façade de l'église Saint-Pierre à Antioche.
Façade de l’église Saint-Pierre à Antioche.

 

Saint Marc

Fête saint : 25 Avril
Saint-Marc l'Évangéliste
Présentation
Titre : l’Évangéliste
Date : 5-68
Pape : saint Pierre
Empereur : Tibère ; Caligula ; Claude ; Néron

Le saint Évangéliste débarqua vers Cyrène, dans la Pentapole. Il annonça l’avènement du Christ et son Évangile dans ces vastes régions africaines, dans la Libye, dans la Marmarique (aujourd’hui royaume de Barca), dans le pays des Ammonites, dans la Thébaïde, dans la Cyrénaïque, dans la Nubie, une partie de l’Éthiopie, dans toute l’Égypte, et dans les régions voisines et limitrophes. Il y avait apporté son Évangile, il convertit une multitude innombrable de païens ; ces misérables esclaves des idoles, ou plutôt des démons, se livraient dans leurs temples profanes à toutes sortes de péchés, d’impuretés, d’abominations. La puissance ennemie que Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu combattre et détruire à son avènement sur la terre, les portait à manger des viandes immolées aux idoles, et à commettre toute espèce de crimes. Saint Marc, arrivant au milieu d’eux, et armé de la divine parole, guérissait les malades et les infirmes, rendait nets les lépreux, chassait un grand nombre d’esprits malins. Le spectacle de tant de miracles que la grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur opérait par son Apôtre, porta les Africains à croire au Fils de Dieu. En conséquence, ils détruisirent leurs temples d’idoles. La hache à la main, ils abattirent leurs bois sacrés, et, ayant ainsi donné une preuve éclatante de leur conversion au vrai Dieu, ils furent baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

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Il y a tout lieu de croire qu’avant l’arrivée de saint Marc quelques semences de christianisme avaient déjà été répandues à Alexandrie. Saint Luc cite parmi les Juifs présents à Jérusalem le jour de la Pentecôte, des habitants de l’Égypte et du territoire de la Libye voisine de Cyrène : en rentrant dans leur pays, ces hommes encore tout émus des merveilles de la prédication apostolique, ne pouvaient manquer de rapporter ce qu’ils avaient vu et entendu. Malgré le peu de relations qui existaient entre les juifs de la Palestine et ceux de l’Égypte, on comprendrait difficilement que les grands événements accomplis à Jérusalem n’eussent pas trouvé de retentissement parmi ces derniers. Mais ce n’étaient là que les pierres d’attente qui demandaient à être réunies et façonnées avec soin pour servir de fondement à un édifice durable et régulier.

Saint Marc était Hébreu d’origine : son style, rempli d’hébraïsmes, ne permet pas d’en douter. Le vénérable Bède, qui le dit d’après la tradition, ajoute qu’il était de la race sacerdotale d’Aaron. Un ouvrage attribué à saint Jérôme le dit également. Les Juifs et les Païens d’Alexandrie l’appelaient le Galiléen ; ce qui laisserait à entendre qu’il pouvait être de la province de Galilée, patrie de saint Pierre, dont il fut l’interprète et le compagnon. 

Plusieurs auteurs anciens et modernes disent que saint Marc a été du nombre illustre des soixante-douze Disciples de Jésus, et qu’il a brillé parmi eux par sa foi et son ardeur, comme un astre splendide parmi les innombrables étoiles de la milice céleste. Toutefois, cette vive lumière se serait un instant éclipsée, d’après ce que rapporte saint Épiphane ; ce Père dit, en effet, qu’il fut un des soixante-douze Disciples qui se scandalisèrent avec les Capharnaïtes de ce que, dans son Discours sur l’Eucharistie, Notre-Seigneur avait dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous ; qu’il se retira avec beaucoup d’autres ; mais que saint Pierre le convertit et le ramena à Jésus-Christ après la Résurrection. C’est là, sans doute, une des raisons qui portèrent saint Marc à s’attacher ensuite plus particulièrement à saint Pierre. Cet Apôtre l’appelle son fils dans sa première épître : l’Église qui est dans Babylone (c’est-à- dire dans Rome), dit-il aux Églises d’Orient, et mon fils Marc vous salue. Ce Disciple, en suivant saint Pierre dans ses voyages apostoliques, lui servait d’interprète, comme nous l’apprennent plusieurs saints Pères. Ils sont néanmoins partagés sur ce titre d’interprète. Selon les uns on doit entendre par là qu’il donnait la forme et le style aux épîtres de l’Apôtre. Selon les autres, cette fonction consistait à rendre en grec ou en latin ce que saint Pierre disait en sa propre langue. Ou bien encore elle consistait à expliquer en particulier aux croyants ce que saint Pierre avait enseigné à tous d’une manière générale, qui demandait différentes explications et interprétations. C’est, du moins, ce que font entendre les Actes de son apostolat d’A­quilée, où l’on voit que les disciples et les auditeurs de saint Pierre viennent trouver saint Marc pour cet effet, comme pour un autre motif dont nous parlerons ci-après.

Rédaction de l'Évangile de saint Marc

Lorsque saint Pierre, délivré de la prison d’Hérode, vers l’an 42, se rendit à Rome, saint Marc l’y accompagna. Il travailla avec le Prince des Apôtres à semer la bonne semence de la parole de vérité dans une cité qui, jusqu’alors, avait été la citadelle de l’erreur. Une immense multitude de fidèles ne pouvait se rassasier d’entendre la parole de vie ; elle accourait pour entendre saint Pierre, dont la doctrine inondait de lumière toutes les intelligences. Il ne lui avait pas suffi de l’entendre avec avidité ; elle vint trouver son disciple Marc, qu’elle pria avec instance de lui exposer de nouveau la prédication de son maître, et de la lui transcrire, même par écrit, afin qu’elle pût ainsi en faire le perpétuel objet de ses méditations du jour et de la nuit. Des vœux si justes furent entendus.

Sur ces entrefaites, saint Pierre envoya saint Marc prêcher l’Évangile à Aquilée, ville alors très-considérable et très-célèbre. Le Disciple s’acquitta avec un grand zèle et avec un grand succès dé son apostolat ; une multitude innombrable embrassa la foi, et forma dès lors une Église très-remarquable par sa science religieuse comme par la fermeté de sa foi. Ce fut là, comme il est rapporté dans ses Actes, que, voyant l’heureuse avidité des croyants pour la parole de Dieu, il acheva ou transcrivit la rédaction de son Évangile, où il donna en abrégé les faits contenus dans l’Évangile de saint Matthieu, mais en y ajoutant quelquefois des choses très-importantes. On dit que l’amour que témoignait saint Pierre pour le silence, lui avait appris cette concision et cette brièveté. Selon saint Irénée, Eusèbe et Origène, il mit par écrit les choses que saint Pierre avait coutume de prêcher ; ce que les Romains l’avaient prié de rédiger pour leur usage. C’est pour cela que, selon la remarque de saint Chrysostome, il ne rapporte point ce que le Sauveur dit à l’avantage du Prince des Apôtres, lorsqu’il l’eut reconnu solennellement pour le Christ et le Fils de Dieu : il ne parle point de la circonstance où il marcha sur les eaux. Mais il raconte son renoncement avec beaucoup d’étendue et de détails. Par humilité, le saint Apôtre supprimait dans sa prédication tout ce qui lui était avantageux et honorable. Il publiait avec les sentiments de la plus vive componction le crime qu’il avait commis en renonçant son divin Maître. Il rapporte aussi des traits dont saint Matthieu n’avait point parlé, comme l’éloge de cette pauvre veuve qui mit deux petites pièces de monnaie dans le tronc du temple, et l’apparition de Jésus aux deux Disciples qui allaient à Emmaüs.

Première page de l'Évangile selon Marc par Sargis Pitsak, XIVe siècle.
Première page de l'Évangile selon Marc par Sargis Pitsak, XIVe siècle.

L'église d'Aquilée

La basilique patriarcale d'Aquilée.
La basilique patriarcale d’Aquilée.

Eusèbe et saint Jérôme disent que saint Pierre apprit par la révélation de l’Esprit de Dieu, que saint Marc avait écrit son Évangile, et fut comblé de joie de voir le zèle que les chrétiens avaient témoigné pour la parole de vérité. Il approuva cet ouvrage, et, par son autorité, en établit l’usage dans l’Église. C’est pour cette raison, dit Baronius, que quelques-uns le lui ont attribué, comme nous le voyons dans Tertullien et dans saint Jérôme ; ou plutôt, selon que l’observe Tertullien même, c’est parce que ce qui est mis au jour par les Disciples, s’attribue aisément au Maître. On lit même dans un ouvrage qui porte le nom de saint Athanase, que ce livre ne contient que les paroles de saint Pierre. Cet Évangile a été généralement reçu et reconnu comme authentique dans toute l’Église catholique, et même communément parmi les sociétés hérétiques.

L’antique siège patriarcal d’Aquilée a toujours été très-illustre dans l’Église, et considéré comme l’un des plus puissants, des plus étendus et des plus élevés en dignité, comme remontant aux temps apostoliques, et comme ayant été fondé par l’Évangéliste saint Marc.

 

André Dandolo, duc de Venise, dans ses Chroniques, assure que saint Marc, arrivant dans un des faubourgs d’Aquilée, appelé Murétana, ou dans la suite on construisit une église en mémoire de cet événement, annonça au peuple la parole de Dieu, la confirma par des prodiges et convertit ainsi une foule innombrable d’habitants. On en cite un entre plusieurs autres. Un jeune homme nommé Arnulphe, fils d’Ulphus, était couvert de la lèpre, et demeurait retiré dans le faubourg d’Aquilée ; saint Marc le guérit et le rétablit dans une parfaite santé. A la vue de ce prodige, Ulphus se convertit et reçut le baptême avec toute sa famille.

Les Actes cités plus haut rapportent que la ville d’Aquilée se montra si heureuse et si flattée d’avoir été honorée de la visite et de la prédication d’un tel Apôtre du Fils de Dieu, qu’elle lui construisit une chaire d’ivoire, où il siégea durant quelque temps, et particulièrement durant celui où il écrivait son Évangile. Cette chaire, où aucun des Pontifes, ses successeurs, n’a osé s’asseoir depuis, a été conservée jusqu’à nos jours, et se montre encore aujourd’hui en Italie.

Parmi les fidèles d’Aquilée, il s’en trouva un, nommé Hermagoras, qui, en peu de temps, parvint à une si grande perfection, que le saint Évangéliste, éclairé du Saint-Esprit, prévit aussitôt qu’il serait digne d’occuper le sommet du sacerdoce. Il le prit pour l’accompagner lors de son retour à Rome. Il l’amena ensuite en présence du bienheureux Pierre, prince des Apôtres. Le premier pasteur de l’Église le revêtit du caractère et du pouvoir sacerdotal, l’éleva à la dignité pontificale et lui confia le gouvernement de l’Église d’Aquilée. Ce fut dans cette ville qu’il reçut la couronne du martyre, le 12 juillet, avec Fortunatus, son diacre, et qu’il alla jouir auprès de Jésus-Christ, le Prince des Pasteurs, de l’éternelle béatitude du royaume céleste.

Évangélisation de l'Afrique

Lorsque saint Marc eut accompli en Italie l’objet de son voyage, il reçut du Prince des Apôtres le commandement d’aller prêcher en Afrique, et de là à Alexandrie, capitale de l’Égypte et du Midi, afin d’y ériger une église principale au nom du Chef de la chrétienté. C’est ce qu’attestent les Actes de saint Marc, les décrets du pape Gélase, de même que toute la tradition de l’antiquité.

Le saint Évangéliste débarqua vers Cyrène, dans la Pentapole. Il annonça l’avènement du Christ et son Évangile dans ces vastes régions africaines, dans la Libye, dans la Marmarique (aujourd’hui royaume de Barca), dans le pays des Ammonites, dans la Thébaïde, dans la Cyrénaïque, dans la Nubie, une partie de l’Éthiopie, dans toute l’Égypte, et dans les régions voisines et limitrophes. Il y avait apporté son Évangile, il convertit une multitude innombrable de païens ; ces misérables esclaves des idoles, ou plutôt des démons, se livraient dans leurs temples profanes à toutes sortes de péchés, d’impuretés, d’abominations. La puissance ennemie que Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu combattre et détruire à son avènement sur la terre, les portait à manger des viandes immolées aux idoles, et à commettre toute espèce de crimes. Saint Marc, arrivant au milieu d’eux, et armé de la divine parole, guérissait les malades et les infirmes, rendait nets les lépreux, chassait un grand nombre d’esprits malins. Le spectacle de tant de miracles que la grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur opérait par son Apôtre, porta les Africains à croire au Fils de Dieu. En conséquence, ils détruisirent leurs temples d’idoles. La hache à la main, ils abattirent leurs bois sacrés, et, ayant ainsi donné une preuve éclatante de leur conversion au vrai Dieu, ils furent baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Dès lors, l’Évangile de ce saint disciple de Jésus-Christ se répandit dans les provinces africaines de Tripoli, de Cyrène, de la Pentapole, de la Thé­baïde et de l’Égypte, pays alors florissants par le commerce, l’industrie, la fertilité du sol, par la science et la civilisation romaine. Ces pays continuèrent de jouir des bienfaits du Christianisme pendant sept à huit siècles d’inviolable attachement à la foi du Christ. Enfin ils retombèrent dans la barbarie après que l’hérésie et le paganisme eurent repris la domination dans ces immenses contrées. Aujourd’hui que la foi y est éteinte, on n’y voit partout que des amas de montagnes nues et abandonnées, que des vallées stériles et presque désertes. Manifestement, la vie s’en est retirée avec le Christianisme

Après avoir prêché, pendant environ douze ans, dans les diverses parties de la Libye, dans les régions Pentapolitaines, dans la Marmarique et dans l’Ammoniaque, il résolut de porter le flambeau de l’Évangile dans la Thé­baïde et dans l’Égypte, selon la révélation qu’il en avait eue du Saint­-Esprit. Semblable à un intrépide athlète, le bienheureux Évangéliste saint Marc se mit donc en marche avec une grande promptitude pour aller livrer de nouveaux combats aux dieux du paganisme. Il fit ses adieux aux fidèles de l’Afrique, et leur dit :

« Le Seigneur m’a parlé, et m’a donné le commandement de partir pour Alexandrie ».

Les fidèles le conduisirent jusqu’au vaisseau, et, après avoir mangé avec lui le pain (eucharistique), ils le quittèrent, en lui disant :

« Que le Seigneur Jésus-Christ rende heureux votre voyage ! »

Le saint Évangéliste pria Dieu de conserver ses frères et de les fortifier dans la foi jusqu’à ce qu’il revînt les visiter. Puis, il partit pour Alexandrie, où il arrivât en deux jours, dans la septième année de l’empire de Néron (commencé l’an 60 au mois d’octobre). Descendu du vaisseau, il arriva dans un lieu nommé Bennide, à l’entrée de la ville. Au moment où il y entra, son soulier se rompit. À cette vue, le Saint, éclairé d’en haut, dit :

« Ma marche sera désormais plus libre ».

Il aperçut à l’instant un homme, qui s’occupait du métier de cordonnier ; il lui donna sa chaussure à raccommoder. Pendant que ce dernier s’occupait de cet ouvrage, il se fit une large blessure à la main et s’écria de douleur :

« UNUS DEUS ! Ha, mon Dieu ! » (Car toute la corruption de l’idolâtrie n’a jamais pu empêcher que, dans les occasions imprévues où l’on voit mieux paraître les- mouvements naturels, l’âme des païens même ne parût chrétienne, dit Tertullien, en reconnaissant un seul Dieu, et en ne s’adressant qu’à lui seul.)

Aussi cette parole donna-t-elle de la joie à saint Marc, et lui fit-elle espérer que Dieu l’assisterait en cette rencontre.

« En effet, dit-il, Dieu a rendu heureux mon voyage ».

Puis s’adressant à Anianus, le cordonnier, il lui parla de ce Dieu unique qu’il avait invoqué, ainsi que de Jésus-Christ, par le pouvoir de qui il lui fit espérer de le guérir. En même temps, il fit un peu de boue avec sa salive, en mit sur la plaie, et invoqua le nom du Sauveur, en disant :

« Au nom de Jésus-Christ, fils de Dieu, que votre main reçoive la guérison ».

Et au même instant la main d’Anianus fut guérie. Le cordonnier, frappé à la vue du pouvoir de cet homme, et de la prodigieuse efficacité de sa parole, considérant d’ailleurs l’extérieur mortifié du Saint, lui dit :

« Je vous conjure, ô homme de Dieu, de daigner descendre dans la maison de votre serviteur, pour y prendre votre réfection ; car aujourd’hui vous m’avez fait éprouver les effets de votre bonté ».

Le visage du bienheureux Marc parut joyeux :

« Que le Seigneur, lui dit-il, vous donne le pain de vie descendu du ciel ! »

En même temps Anianus l’obligea avec une double violence d’entrer chez lui. Lorsque saint Marc entra dans la maison, il dit :

« Que la bénédiction du Seigneur soit ici ! Prions, mes frères ».

Tous ceux qui l’accompagnaient se mirent alors en prières. Après qu’ils eurent rendu grâces au Seigneur, Anianus dit à l’Apôtre : 

« Je désire connaître d’où vous êtes, et de qui vient cette puissante parole de vie dont vous nous avez parlé ».

Marc lui répondit :

« Je suis le serviteur du Seigneur Jésus-Christ, le fils de Dieu ».

« Je serais très-désireux de le voir, reprit l’homme d’Alexandrie ».

« Je vous le ferai voir », repartit saint Marc.

Il commença aussitôt à lui faire connaître l’Évangile de Jésus-Christ, et à lui montrer comment les oracles des Prophètes s’étaient accomplis en Jésus.

« Quant à moi, reprit l’hôte d’Alexandrie, je n’ai jamais entendu parler des Écritures dont vous nous entretenez ; je ne connais que l’Iliade et l’Odyssée : ces deux poèmes tiennent lieu de toute science aux yeux des Égyptiens ».

Alors saint Marc commença à lui annoncer clairement Jésus-Christ et à lui montrer, de même, que toute cette science, que toute cette philosophie (homérique et profane) n’est que folie aux yeux de Dieu.

Après avoir écouté attentivement la doctrine du bienheureux Marc et avoir considéré les signes miraculeux et les éclatants prodiges qu’il opérait, l’homme d’Alexandrie crut en Dieu, et fut baptisé avec toute sa famille et avec une grande foule de personnes du même endroit (de la ville).

Dans tout l’univers, il n’y avait point de pays plus livré que l’Égypte aux superstitions du paganisme. Dans toute l’antiquité, l’Égypte avait été le siège de l’empire de Satan, le principal centre du culte idolâtrique. Mais les temps de bénédiction prédits par les prophètes étaient enfin arrivés ; et saint Marc fut l’instrument dont Dieu se servit pour vérifier les prédictions de ses serviteurs. En peu de temps, il forma à Alexandrie une Église très nombreuse ; et bientôt le nombre des chrétiens s’y multiplia d’une manière prodigieuse. Et saint Marc, comme le rapporte Eusèbe, établit plusieurs églises dans Alexandrie, c’est-à-dire qu’il divisa la ville en cantons ou en paroisses, suivant notre manière de parler : ordonnant que les chrétiens de chaque canton s’assembleraient en un lieu déterminé, sous la direction d’un prêtre qui en serait chargé, pour y recevoir les sacrements et y entendre la parole de Dieu. Cette distribution des paroisses d’Alexandrie s’était conservée et s’observait au commencement du IVe siècle, comme le rapporte saint Épiphane. Dans la plupart des autres villes, tout le peuple se réunissait en un même lieu, sous la présidence de l’évêque.

Les progrès du Christianisme dans Alexandrie, dans les villes voisines et dans toute l’Égypte furent si étonnants ; le nombre des Égyptiens et des Africains convertis fut si considérable, du temps même de saint Marc, que l’on peut dire que ce saint Évangéliste accomplit littéralement et presque complètement les anciens oracles des Prophètes, qui avaient annoncé la conversion au Messie de ces riches et florissantes contrées.

Mais les puissances infernales ne supportèrent pas le spectacle de la destruction de leur règne en Égypte, sans opposer la plus vive résistance à celui qui brisait si puissamment leurs forces. Elles excitèrent les âmes de ceux qui, dans Alexandrie, restèrent attachés à leurs idoles : elles les soulevèrent tumultueusement contre l’homme de Dieu.

« Les païens de la ville », est-il écrit dans les Actes de saint Marc, « à la vue de la multitude de ceux qui croyaient au vrai Dieu, éclatèrent en murmures contre ce Galiléen qui était venu à Alexandrie pour ruiner les sacrifices des dieux, pour empêcher leurs cérémonies et leurs solennités ».

Ils cherchèrent donc l’occasion et le moyen de le mettre à mort, et ils lui tendirent quantité de pièges.

Or, le bienheureux Marc, connaissant le dessein de ces païens, crut devoir se retirer pour un temps. Avant son départ, il ordonna pour évêque d’Alexandrie saint Anien, et avec lui trois prêtres, savoir : Melius, Sabinus et Cerdon, et sept diacres, puis onze autres prêtres pour demeurer avec le patriarche Anien : de ce nombre on devait prendre un jour celui qui succéderait au patriarche décédé.

Cela accompli, le saint Évangéliste reprit le chemin de la Pentapole, et. arriva, ajoute Eutychius, à Barca, ville principale de cette province africaine. D’après Eusèbe, c’était la huitième année de Néron, et la soixante-deuxième de Jésus-Christ. Saint Marc demeura encore deux ans dans la Pentapole ; il y confirma les fidèles qu’il y avait laissés avant d’aller en Égypte, et il établit des évêques et d’autres ministres dans ces divers pays d’Afrique. Puis, il revint en Égypte.

À sa rentrée dans Alexandrie, le saint Évangéliste eut la joie de trouver les fidèles augmentés en foi et en grâce, de même qu’en nombre. Ils avaient construit une église ou lieu d’assemblée dans un endroit appelé Bucoles, situé près du rivage de la mer. Ravi de joie à la vue des grands progrès du Christianisme, il se mit à genoux, et rendit gloire à Dieu. Il encouragea les chrétiens à persévérer ; il pria pour eux, puis il se retira. L’auteur de la Chronique Orientale dit qu’il partit pour Rome, et qu’il y fut présent au martyre de saint Pierre et de saint Paul.

Il revint de Rome en Égypte et à Alexandrie, où il vit que les églises se multipliaient de plus en plus et devenaient tous les jours plus florissantes.

Mais les païens ne pouvaient plus souffrir les grands miracles que Dieu opérait par lui, ni supporter plus longtemps les railleries que les chrétiens leur faisaient au sujet de leurs idoles, devenues alors manifestement impuissantes devant la vertu miraculeuse du saint Apôtre. Saint Marc chassait ces fausses divinités des lieux où elles avaient été adorées depuis si longtemps : il rendait l’ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, la santé aux malades. À la vue de tant de prodiges, les Gentils crièrent que c’était un magicien. Ils cherchaient à se saisir de sa personne, sans pouvoir trouver le moyen d’exécuter leur désir. Aussi frémissaient-ils d’envie et de rage ; et au milieu de leurs spectacles publics, des festins et des fêtes de leurs idoles, ils s’écriaient :

« Qu’elle est grande la puissance de cet homme ! Dieu voulut qu’ils ne pussent le découvrir, et que son servi leur administrât encore cette église durant quelque temps ».

Mais son heure était enfin arrivée. C’est pourquoi un jour de dimanche, où les chrétiens célébraient leur grande fête de Pâques, et les païens la fêle de leur dieu Sérapis, le vingtième jour du mois Pharmuthi, le huitième d’avant les calendes de mai, c’est-à-dire le 24 avril de l’an 68, les païens se réunirent et envoyèrent quelques gens pour s’emparer de la personne de l’Apôtre : ces hommes le trouvèrent au moment même où il célébrait la prière de l’oblation et du sacrifice. Ils se saisirent de lui, lui mirent une corde au cou, et le traînèrent en criant:

« Traînons ce buffle à Bucoles ! » (C’était un lieu plein de roches et de précipices, situé sur le littoral et destiné pour nourrir des bœufs.)

Son martyre

Pendant qu’on le traînait ainsi depuis le matin jusqu’au soir, et que l’on couvrait la terre et les pierres de son sang, et des morceaux de chair qui s’arrachaient de son corps, saint Marc bénissait Dieu, et lui rendait des actions de grâces de ce qu’il l’avait jugé digne de souffrir pour son saint nom. Lorsque le soir fut arrivé, ils le mirent dans une prison, en attendant qu’ils eussent délibéré et arrêté le genre de mort qu’ils lui feraient subir.

Vers le milieu de la nuit, les portes étant fermées, et les gardes étant endormis devant les portes de la prison, il se fit un grand tremblement de terre. L’ange du Seigneur venait de descendre du ciel. Il toucha saint Marc, en lui disant :

« Marc, serviteur de Dieu et chef des ministres du Christ, qui font connaître à l’Égypte les très-saints décrets de Dieu, votre nom est consigné dans le ciel au livre de vie, et votre mémoire ne périra jamais dans ce monde. Vous êtes associé aux puissances célestes, elles vont conduire votre âme dans les cieux, où vous entrerez en participation du repos éternel et de la lumière impérissable du royaume de Dieu. » 

Cette vision consola le bienheureux Marc. Il éleva ses mains vers le ciel et dit :

« Je vous rends grâces, Seigneur Jésus-Christ, de ce que vous ne m’avez point abandonné et de ce que vous m’avez compté au nombre de vos Saints. Je vous conjure, ô Seigneur Jésus-Christ, recevez mon âme dans votre paix, et ne permettez pas que je ne sois jamais séparé de vous, ô Sauveur plein de grâce et de miséricorde ».

Quand il eut fini cette prière, le Seigneur Jésus-Christ se présenta à lui dans la même forme et avec le même extérieur qu’il avait durant sa vie mortelle, lorsqu’il était avec ses disciples, avant sa Passion. Saint Marc, qui était du nombre de ses soixante-douze premiers disciples, le reconnut aussitôt. Le Seigneur lui dit :

« La paix soit avec vous, Marc, notre Évangéliste ! »

« Mon Seigneur Jésus-Christ » répondit le Martyr.

Et Jésus disparut. Le lendemain matin, les païens se rassemblèrent, le tirèrent de la prison, lui mirent une seconde fois une corde au cou, et le traînèrent comme le jour précédent, en disant :

« Traînez le buffle à Bucoles ! »

Saint Marc, pendant qu’on le traînait de la sorte, remerciait Dieu, et en même temps implorait sa grande miséricorde :

« Seigneur », disait-il, « je remets mon esprit entre vos mains ».

Et en prononçant ces paroles, le bienheureux Évangéliste rendit l’esprit.

Il consomma son martyre le vingt-cinquième jour d’avril de l’an 68 de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est en ce jour que l’Église latine et l’Église grecque, de même que les Égyptiens et les Syriens, célèbrent sa fête.

Le martyre de saint Marc, Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé.
Le martyre de saint Marc, Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé.
Marc et son attribut, le lion, vers 1493, Chroniques de Nuremberg.
Marc et son attribut, le lion, vers 1493, Chroniques de Nuremberg.

Iconographie

Tout le monde sait que l’attribut principal de saint Marc est le lion, parce qu’il commence son Évangile par le récit de la prédication de saint Jean dans le désert. Le plus souvent, ce lion est ailé, parce que dans le langage de l’Écriture et la pensée de la liturgie, les animaux ne sont que des symboles mystiques, incorporels. En sa qualité d’écrivain inspiré autant que de secrétaire de saint Pierre, on place une plume dans la main de saint Marc et un livre devant lui. Cette qualité de secrétaire de saint Pierre l’a fait choisir pour patron par les notaires et les greffiers. Les verriers et vitriers ont fait le même choix, probablement parce que l’industrie du verre a surtout fleuri à Venise et dans ses possessions. Or, chacun sait que Venise était placée sous la protection de cet Évangéliste, et qu’aujourd’hui encore on dit pour désigner un beau morceau de verre : glace de Venise.

On l’invoque contre l’impénitence finale et la gale. Le miracle opéré par saint Marc sur saint Anien pourrait aussi expliquer pourquoi les professions qui exposent aux coupures ont choisi l’Évangéliste pour patron.