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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

Histoire des Saints, des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Saint Férréol & saint Ferjeux

A Besançon, dans les Gaules, les saints martyrs Férréol, prêtre, et Ferjeux, diacre, qui furent envoyés par saint Irénée, évêque, pour prêcher la parole de Dieu, et endurèrent plusieurs tourments sous le juge Claude, qui leur fit trancher la tête. 212.

Sommaire

Hagiographie de saint Férréol et saint Ferjeux

La mort de saint Pothin, fondateur de l’Église de Lyon, laissait à saint Irénée le soin de cultiver un sol fécondé par le sang des martyrs. Comprenant toute l’importance et toutes les difficultés de sa mission, il se rendit à Rome pour prendre les ordres du pape saint Eleuthère, et reçut de sa main la consécration épiscopale. De retour dans son église, il s’efforça d’imiter, en l’administrant, saint Polycarpe, son maître, ce modèle parfait, formé lui-même à l’école du disciple qui avait reposé sur le cœur de Jésus-Christ.

C’est pourquoi, sans cesser de se dévouer à son peuple, il s’appliqua à former des prêtres pleins de zèle et de talents, à l’exemple du grand évêque de Smyrne, dont le clergé avait été une pépinière de Saints. Sous l’inspiration de l’illustre docteur, Lyon devint en Occident ce que Smyrne avait été en Orient, le foyer de la tradition, le gymnase où l’orthodoxie se fortifia par la discussion des doctrines, le séminaire des apôtres et des martyrs. Alors commencèrent les grandes missions entreprises sous ses ordres. Il envoya presque en même temps Bénigne à Dijon et à Langres, Thyrse et Andoche sur les bords de l’Ain, Félix, Fortunat et Achillée à Valence, Ferréol et Ferjeux à Besançon.

Saint Férréol & saint Ferjeux

Fête saint : 16 Juin
Saints-Ferreol-Ferjeux
Présentation
Titre : Fondateurs de l’Église de Besançon
Date : 212
Pape : Saint Zéphirin
Empereur : Claude

Les deux étrangers vivaient pauvrement et prêchaient, tantôt dans les villes, tantôt dans les campagnes environnantes, les vérités évangéliques. Cette doctrine nouvelle étonna d’abord ceux qui l’entendaient, car les esprits, préoccupés de toutes les erreurs de l’idolâtrie, ne pouvaient guère s’accommoder de la profondeur de nos mystères, et la rigueur de la morale chrétienne révoltait naturellement des cœurs accoutumés à ne rien refuser à leurs désirs.

Leur enfance

Ferréol et Ferjeux, amis intimes selon les uns, frères selon les autres, avaient reçu le jour dans l’Asie mineure. Selon l’usage du temps, ils achevèrent leurs études dans les écoles d’Athènes, où ils se firent remarquer par l’élévation de leur esprit et par l’étendue de leurs connaissances. Ayant eu le bonheur de connaître et d’adorer Jésus-Christ dès leur enfance, ils partirent dans la pratique des vertus chrétiennes la beauté d’une âme que l’erreur et le vice n’ont jamais souillé. Pleins de jeunesse, de force et de zèle, ils brillaient dans le sanctuaire comme des pierres précieuses dont la pureté égale la splendeur. Ferréol était prêtre, et quelques critiques croient même, non sans raison, qu’il avait reçu le caractère d’évêque. Ferjeux, qui n’était que diacre, assistait son compagnon clans la célébration des saints mystères, et s’occupait particulièrement du soin des pauvres et des veuves. Les deux frères arrivèrent à Besançon vers l’an 180, sur la fin du règne de Marc-Aurèle. La tradition nous apprend que dès leur entrée dans cette ville, des signes éclatants annoncèrent la ruine du paganisme. Les prêtres des idoles se troublèrent, les démons ne rendirent plus leurs oracles accoutumés, des présages funestes apparurent dans les entrailles des victimes, et on crut que les dieux irrités refusaient l’encens des mortels.

Triomphe de la grâce

Les deux étrangers vivaient pauvrement et prêchaient, tantôt dans les villes, tantôt dans les campagnes environnantes, les vérités évangéliques. Cette doctrine nouvelle étonna d’abord ceux qui l’entendaient, car les esprits, préoccupés de toutes les erreurs de l’idolâtrie, ne pouvaient guère s’accommoder de la profondeur de nos mystères, et la rigueur de la morale chrétienne révoltait naturellement des cœurs accoutumés à ne rien refuser à leurs désirs. Cependant, la grâce triompha peu à peu des passions aussi bien que des préjugés dans l’âme de quelques païens. Les nombreux miracles des deux apôtres attestèrent la divinité de leur mission ; leurs vertus, plus éloquentes encore que leurs paroles, achevèrent de l’accréditer, et Dieu, qui a tout promis à ceux qui l’invoquent en l’imitant, daigna enfin se laisser fléchir en faveur d’une terre arrosée par tant de sueurs.

Symbole de saint Irénée

À mesure que le nombre des fidèles augmentait dans cette chrétienté nouvelle, Ferréol et Ferjeux redoublaient de zèle et de ferveur. Ils vaquaient pendant le jour aux travaux de la prédication, et passaient la nuit dans l’exercice de la prière. Non loin de Besançon, se trouve une grotte profonde, creusée dans le roc, et dont l’accès fut longtemps défendu par les buissons qui la couvraient. Cette crypte solitaire servit d’asile aux deux apôtres. Ce fut vraisemblablement la première église de la Séquanie. Tandis que le paganisme célébrait ses orgies dans de somptueux édifices, l’assemblée des chrétiens, peu nombreuse et bien timide encore, se réunissait à l’entrée de la nuit dans l’obscurité sainte de cette humble retraite. Ferjeux lisait d’abord quelques écrits des Prophètes ou des Apôtres, et Ferréol les expliquait ensuite en exhortant les fidèles à mettre en pratique les belles leçons contenues dans la lecture du jour.

« L’Église », disait-il, « croit en Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel, de la terre, de la mer, et de tout ce qu’ils renferment, et en un seul Jésus-Christ, Fils de Dieu, incarné à cause de notre salut, et au Saint-Esprit, qui a prédit par les Prophètes les desseins de Dieu, l’avènement de Jésus-Christ, sa naissance miraculeuse, sa passion, sa résurrection d’entre les morts, et son ascension dans les cieux. L’Église croit qu’il s’y est élevé avec notre chair, et qu’il viendra dans la gloire de son Père pour ressusciter tous les hommes, afin que, selon l’ordre qu’en a porté le Père, tout genou fléchisse au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, notre Dieu, notre Sauveur, notre Roi, que toute langue le confesse, que Jésus lui-même juge tous les hommes, qu’il condamne au feu les rebelles et les apostats, les hommes impies, injustes, iniques et blasphémateurs, qu’il admette à l’incorruptibilité, à une vie heureuse, à une gloire éternelle, les hommes justes, équitables, soumis à ses préceptes, fidèles à son amour, ou depuis le commencement de leur vie, ou depuis leur retour à Dieu par la pénitence ».

La Prédication de saint Ferréol et saint Ferjeux, par Charles-Joseph Natoire, cathédrale Saint-Jean de Besançon
La Prédication de saint Ferréol et saint Ferjeux, par Charles-Joseph Natoire, cathédrale Saint-Jean de Besançon
Basilique Saint-Ferjeux (XIXe siècle)
Basilique Saint-Ferjeux (XIXe siècle)

Leur enseignement

Après avoir récité ce symbole, que saint Irénée avait composé, Ferréol développait quelque point important de la doctrine chrétienne. À l’exemple de son maître, qui le tenait lui-même du saint évêque de Smyrne, disciple des Apôtres, tantôt il enseignait l’unité de la nature divine dans la trinité des personnes ; tantôt il racontait les bienfaits, les miracles et la vie du Sauveur ; tantôt, s’étendant sur l’institution de l’Eucharistie, autant pour satisfaire son amour qu’à cause de l’importance de la matière, il rappelait les figures qui ont annoncé ce sacrifice auguste, la manière dont Jésus-Christ l’a institué, les prodiges ineffables qui s’y opèrent, et les dispositions qu’il faut apporter en le recevant.

« Jésus-Christ », disait-il encore, « a laissé ici-bas une société dont il a confié le soin au zèle de ses Apôtres et de leurs successeurs. Là où est l’Église, là est aussi l’Esprit-Saint. Là où est l’Esprit-Saint, là se trouve la vérité ; donc la vérité est dans l’Église. Elle a été fondée et constituée à Rome par saint Pierre et saint Paul. C’est dans elle que les fidèles trouvent la tradition transmise par les Apôtres ; c’est à elle que doivent nécessairement s’unir toutes les Églises répandues sur la terre. Après avoir fondé l’Église, les Apôtres en confièrent le gouvernement à Linus, dont parle saint Paul dans ses épîtres à Timothée. À Linus succéda Anaclet, qui eut à son tour Clément pour successeur. Le siège de Rome fut ensuite occupé par Alexandre, Sixtus, Télesphore, Hygin, Pius, Anicet, Soter et Eleuthère, qui règne aujourd’hui ».

Leur martyre

Quand les instructions étaient terminées, on se levait et on adressait en commun des prières au Père céleste pour la persévérance des chrétiens et pour la conversion des infidèles. Saint Ferréol offrait ensuite le divin sacrifice de l’Eucharistie. Après s’être nourri lui-même de la manne divine, il se tournait du côté du peuple et lui présentait le pain vivant descendu du ciel. Chacun des assistants le recevait de sa main dans les transports d’une piété tendre et sincère. Saint Ferjeux, remplissant ensuite son ministère de diacre, recueillait dans un voile bénit ce qui restait de l’aliment céleste, et le portait aux frères absents que leurs infirmités ou d’autres raisons graves avaient retenus loin de l’assemblée des fidèles.

Cependant l’apostolat des deux disciples d’Irénée ne se prolongea pas bien longtemps ; Dieu fit connaître aux apôtres de Besançon et de Valence les desseins qu’il avait sur eux. Voulant les disposer d’avance au témoignage de sang qu’ils devaient lui rendre, il les instruisit de leur sort par une voie extraordinaire. Félix, Fortunat et Achillée occupaient aux portes de Valence une humble cabane, qui était devenue le berceau d’une chrétienté nouvelle, comme à Besançon, la grotte des saints Ferréol et Ferjeux. Un jour Félix raconta à ses deux compagnons une vision qu’il avait eue.

« J’ai vu des lieux enchantés qu’éclairait une lumière céleste. Au milieu était un tabernacle étincelant d’or et de pierres précieuses. Cinq agneaux sans tache paissaient au milieu des roses et des lis. J’entendis alors une voix qui me criait avec force :

« Courage, bons serviteurs, parce que vous avez été fidèles dans de petites choses, je vous établirai sur de plus grandes. Entrez dans la joie du Seigneur votre Dieu. Venez, disciples d’Irénée, joignez-vous à vos frères ».

À ces mots, Fortunat et Achillée s’écrièrent dans le transport de leur amour :

« Gloire vous soit rendue, ô divin Jésus, qui daignez soutenir notre faiblesse par les promesses que vous avez faites à votre serviteur Félix. Maintenant, ô roi de gloire, remplissez-nous tous de vos célestes consolations, afin que nous soyons dignes de souffrir la mort pour votre nom ».

Cette prière était à peine terminée qu’un chrétien envoyé par Ferréol et Ferjeux vint leur remettre de leur part une lettre conçue en ces termes :

« Ferréol et Ferjeux, aux très-pieux frères de Jésus-Christ, Félix, Fortunat et Achillée, salut dans Notre-Seigneur. Celui dont la sagesse gouverne le temps et régit le monde, a bien voulu découvrir à ses serviteurs les secrets de son cœur et les exhorter à une courageuse persévérance dans leur foi. M’étant endormi dans une des veilles de la nuit, je vis au ciel, autour d’une croix lumineuse, cinq anges resplendissants de clarté, qui tenaient, chacun dans leurs mains, une couronne brillante faite de l’or le plus pur et ornée de pierres précieuses. Comme je considérais tout hors de moi un spectacle si ravissant, une voix céleste me dit avec force :

« Venez, disciples d’Irénée, recevez la récompense que votre Père vous a préparée. Vous avez fait sur la terre la volonté de Dieu, possédez maintenant dans les cieux un royaume éternel ».

« Ranimons donc notre courage, veillons, prions avec ferveur, afin que Satan ne nous dérobe pas notre trésor ».

Les apôtres de Valence répondirent à ceux de Besançon par le récit de la vision de Félix. Dès lors les cinq disciples d’Irénée, adorant les desseins du Seigneur, redoublèrent de zèle et multiplièrent leurs prières en vue d’obtenir la grâce du martyre. Félix, Fortunat et Achillée eurent le bonheur de mourir les premiers pour le nom de Jésus-Christ. Ils durent cette faveur à l’arrivée du général romain Cornélius qui visitait, au nom de l’empereur, les provinces lyonnaises, accompagné des préfets des villes principales, venus à sa rencontre pour exécuter ses ordres sanglants.

Les apôtres de Besançon ne tardèrent pas à rejoindre dans le ciel les autres compagnons de saint Irénée. Parmi les personnages distingués qui étaient venus à la rencontre de Cornélius, se trouvait Claudius, préfet de la Séquanie. Après avoir assisté à l’interrogatoire et au supplice des trois confesseurs, il crut que l’occasion était favorable pour se plaindre des progrès que le christianisme faisait à Besançon, soit qu’il voulût par là faire sa cour à Cornélius, soit qu’il crût servir la cause des empereurs, soit enfin que la conversion de son épouse à la religion nouvelle lui parut un outrage assez grave pour être dénoncé au général romain.

« Deux étrangers », lui dit-il, « sont récemment arrivés dans notre ville pour prêcher une doctrine nouvelle. Ils adorent un homme crucifié, persuadent aux vierges de ne pas se marier, et ont poussé l’audace jusqu’à entraîner ma femme dans la pratique de leur culte ».

« Dieux invincibles ! S’écria alors Cornélius, votre nom serait donc méprisé et votre puissance anéantie par ces chrétiens ! Que faisons-nous, cher Claudius ? Je vais vous donner mes volontés par écrit, et quand vous serez de retour en Séquanie, vous ferez subir à ces deux hommes des tourments tels, que leurs partisans mêmes en seront effrayés et qu’ils renonceront au christianisme ».

« Vos ordres seront exécutés », répondit Claudius.

À peine le préfet est-il arrivé à Besançon, qu’il envoie chercher Ferréol et Ferjeux. Il les presse de sacrifier aux faux dieux, en leur offrant, s’ils consentent à le faire, les plus brillantes récompenses. À cette proposition, les deux confesseurs se hâtent de marquer leur front du signe de la croix, pour fortifier leur âme contre la tentation. Ensuite, Ferréol, prenant la parole :

« Que votre argent périsse avec vous », répondit-il au préfet ; « faites de nous ce qu’il vous plaira, nous n’avons d’espoir et de confiance que dans le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ ».

Cette confession augmente la jalousie et la fureur du tyran. Il ordonne qu’on étende les deux apôtres sur un chevalet, et qu’on les fouette cruellement. Pendant cette flagellation, Dieu, dans sa miséricorde, les rend insensibles à la douleur ; une douceur angélique brille sur leur front, et le peuple, frappé de ce spectacle, témoigne hautement l’admiration qu’il lui inspire. Claude, rougissant de s’avouer vaincu, s’imagine alors qu’en gagnant du temps, il triomphera de la sainte persévérance des deux confesseurs. Il fait donc cesser les tourments, et ordonne qu’on les reconduise en prison.

Trois jours après, Ferréol et Ferjeux paraissent de nouveau devant le gouverneur de la province.

« Sacrifiez aux dieux », s’écrie Claude, « ou mourez ».

« Je suis chrétien », répond Ferréol ;

Ferjeux répète les mêmes paroles :

« Je suis chrétien ! »

À ces mots, la colère du préfet ne connaît plus de bornes. Il fait signe au bourreau, qui les étend de nouveau sur le chevalet. On leur arrache la langue ; mais, par un prodige inattendu, ces bouches éloquentes ne cessent pas de parler. Ce miracle ne fait qu’endurcir le cœur du tyran. D’après ses Ordres, on enfonce trente alènes aiguës dans les pieds, dans les mains et dans la poitrine des deux apôtres ; mais leur courage croît avec les tourments, et leur sérénité déconcerte de plus en plus les persécuteurs. On plante dans leur tête d’énormes clous en forme de couronne ; mais ils sourient, sous le diadème sanglant, au meurtrier qui les déchire. Enfin, on leur tranche la tête avec une épée ; ils priaient encore, leur prière s’acheva dans le ciel.

Tels sont les actes des saints Ferréol et Ferjeux. Ils furent mis à mort le 16 des calendes de juillet de l’an de grâce 212.

Iconographie

On les représente l’un à côté de l’autre, tenant dans la main leurs têtes que le bourreau vient d’abattre ; c’est la caractéristique ordinaire de la décollation.