La Vie des Saints

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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Saint Aventin, apôtre de la Gascogne et martyr

Saint Aventin

C’est sur le versant méridional de la montagne qui sépare les vallées d’Oueil et de Larboust, à une lieue de Bagnères, que se trouve le petit village de Saint-Aventin. C’est là, à l’endroit même qu’occupe aujourd’hui l’église de la paroisse, qu’était bâtie la maison dans laquelle Aventin vint au monde, vers l’an 778.

Échappé aux liens du berceau, Aventin se montra toujours dominé par l’impulsion de la grâce qui semblait l’avoir prévenu dès le sein de sa mère. La chronique nous dit qu’à mesure qu’il croissait en âge, il devenait de jour en jour un objet de vénération et d’admiration pour les personnes qui l’entouraient.

Dieu avait fixé pour Aventin une destinée différente de celle du commun des hommes. Il veut en faire un apôtre, et, pour le préparer à cette sublime mission, il l’appelle, jeune encore, au désert.

Dans cette partie de la vallée du Larboust, qui se rapproché le plus du lac de Séculejo, si visité par les étrangers, existe une seconde vallée plus solitaire. Là, au fond d’un plateau où règne le silence de la solitude, on découvre encore aujourd’hui une ruine, débris vénéré d’un antique ermitage. C’est dans ce lieu que dominent des montagnes dont la cime se perd dans les cieux, qu’Aventin paraît être venu abriter sa jeunesse contre les séductions perfides d’un monde corrompu, et s’exercer dans le sein du désert à la pratique des vertus qui devaient l’élever à une haute sainteté.

Désormais libre des entraves du monde, seul avec son Dieu, Aventin pourra se livrer sans obstacle aux désirs ardents de son cœur, éteindre sa soif d’immolation et de sacrifices. Qui nous dira la vie d’Aventin au désert, et qui pourra nous retracer l’ardeur de ses prières, la rigueur de ses austérités, les saints transports de ses oraisons, la sublimité de ses extases ?

Sa haute réputation de vertu conduisait parfois dans sa retraite des personnes qui venaient s’édifier à ses discours, et puiser dans ses entretiens de pieux conseils. Ceux qui l’avaient visité se retiraient moins vicieux ; leur cœur se sentait plus zélé pour le bien.

Un jour, selon sa coutume, Aventin avait quitté sa cellule et s’était rendu dans un bosquet qui domine le val d’Asio, pour prier à loisir sous son mystérieux ombrage. À genoux, les yeux au ciel, le cœur ardent, il bénissait le Dieu que son cœur adorait. Le silence le plus profond favorisait son recueillement, et son âme ravie semblait avoir trouvé la sérénité des cieux. Tout à coup, ce silence est interrompu par le rugissement plaintif d’un ours, qui descend péniblement du sommet des montagnes. Aventin l’aperçoit, mais il n’en est point effrayé ; il sait que celui qui veilla sur Daniel dans la fosse aux lions, veille aussi sur lui. Ce ne sont pas les animaux des forêts qui doivent se désaltérer dans son sang : ce sang est réservé pour assouvir la rage des persécuteurs plus farouche qu’eux.

Comme conduit par une main invisible, ou par l’instinct qui lui révèle la bienveillance, l’animal blessé va directement vers le pieux solitaire, il s’approche avec la douceur d’un agneau docile, et levant sa lourde patte où s’était fixée une longue épine, la pose avec confiance entre les mains, d’Aventin, comme pour réclamer son secours. Le serviteur de Dieu sonde avec bonté la blessure, arrache la cruelle épine, et l’ours reconnaissant s’éloigne après l’avoir comblé de ses caresses.

Cependant, notre pieux ermite était destiné à grossir, le nombre des généreux martyrs de la foi, et Dieu ne l’avait attiré au désert que pour y retremper son âme, et la préparer aux rudes combats qu’elle allait avoir à soutenir et à une mort glorieuse. La même voix qui avait enlevé Aventin à la société des hommes l’y rappela.

Il donna un vaste champ à son zèle ; il lui montra des populations abandonnées qui languissaient comme des brebis sans pasteur, demandant à grands cris le pain de la parole et n’ayant, le plus souvent, personne pour le leur rompre ; il lui découvrit dans l’avenir les nouveaux dangers qui se préparaient et les flots de persécuteurs qui allaient porter autour de lui la dévastation et l’erreur. Venir comme un soldat généreux s’opposer à ce torrent, soutenir par ses conseils, ses prédications et ses exemples, ces hommes privés de ces secours puissants, c’était un dessein digne du nouvel apôtre.

Aventin quitta donc sa chère cellule, et s’étant fait imposer les mains par le pieux évêque qui siégeait alors dans le Comminges, il débuta dans sa carrière apostolique.

À cette époque le sacerdoce avait presque tari dans ces contrées, et cependant les fréquentes invasions des Barbares le rendaient comme indispensable. Revenu au milieu de ses frères, précédé d’une haute réputation de vertu, qui nous dira les efforts que fit Aventin pour ramener les pécheurs dans la voie du salut, et les fruits par lesquels Dieu récompensa son zèle et sa piété ? Comme un missionnaire ardent, il allait d’un village à un autre, cherchant partout des âmes à sauver ; on comprend assez que les prédications d’un homme dont la vie fut si pure ne durent point demeurer stériles.

Combien de temps dura l’apostolat d’Aventin, nous l’ignorons ; cependant il est à croire qu’il dura assez longtemps pour rétablir d’une manière solide et durable l’empire de la religion dans les âmes ; et, quand cette œuvre, à laquelle Aventin semblait avoir été prédestiné, fut accomplie, le démon qui, depuis longtemps, voyait avec rage le fruit de ses prédications, redoubla ses fureurs. Alors Dieu, qui voulait récompenser dignement le zèle d’Aventin, sembla l’abandonner aux efforts de l’enfer, afin d’ajouter à la palme si belle de l’apostolat celle du martyre.

L’islamisme avait arboré son drapeau sur les Pyrénées, et les sicaires de Mahomet rêvaient la conquête de la Gaule. Les montagnes de la Gascogne furent en proie à leurs persécutions, et les chrétiens eurent besoin de toute l’énergie de leur foi pour résister à ces hommes qui répandaient leurs erreurs les armes à la main. Aussi firent-ils à cette époque plusieurs martyrs. Aventin, qui exerçait toujours avec courage le ministère que Dieu lui avait confié, vit approcher avec douleur cet ennemi terrible qui allait désoler son troupeau. Il comprit bien, dès lors, le sort qui l’attendait, et se prépara à la mort. Cependant, en apôtre courageux, il ne quitte point son bercail ; il savait que le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Afin donc de continuer le bien qu’il avait commencé et de soutenir, dans des temps aussi difficiles, ce peuple qui lui était devenu si cher, il dissimula les efforts de son zèle. Tantôt caché au sein des forêts, tantôt retiré dans le creux des rochers, il cherchait à dépister ses ennemis qui redoublaient d’efforts pour le perdre ; espérant, sans doute, en tuant le pasteur, gagner plus facilement le troupeau.

Mais comment se dérober longtemps aux recherches d’une infinité des soldats répandus de toute part ? Le moment d’ailleurs était venu où Dieu allait le leur livrer comme une victime dont le sang devait rendre féconde cette chrétienté désolée.

Les Sarrasins, toujours attentifs à le poursuivre, le découvrirent enfin. Il espérait encore échapper à leur rage et se dérober par la fuite à leur fureur ; mais ses forces étaient affaiblies par les privations qu’il avait dues s’imposer, par ses longues veilles et les souffrances de ses dures fatigues. Arrivé au point de jonction des vallées d’Oueil et de Larboust, qui s’étaient également ressenties de ses labeurs et de sa vertu, il est atteint par des satellites armés. C’était le moment du sacrifice ! Il tombe à genoux pour recommander son âme à Dieu. Peut-être, à cette heure suprême, priait-il pour ses bourreaux ! Peut-être aussi, en portant un dernier regard sur les vallées qui lui étaient si chères, priait-il le Seigneur de veiller sur elles ! Les soldats furieux s’élancent sur lui, ils l’accablent de coups et de mauvais traitements. Ivres de joie de posséder une victime qu’ils cherchaient depuis longtemps, ils exercent contre elle toute leur rage, jusqu’à ce qu’enfin l’un de ces barbares lève sur lui son arme terrible et lui tranche la tête. Le sang coule à longs flots ; il arrose cette terre bien-aimée, comme une semence féconde. Mais, ô prodige ! Quel ne fut pas l’étonnement de ces barbares de voir Aventin, tenant entre ses mains, sa tête sanglante et détachée du tronc, marcher à grands pas dans la direction du village où il avait reçu le jour ! 

À cette vue, effrayés et peut-être bouleversés par le remords d’avoir répandu le sang innocent, ils prirent la fuite et allèrent raconter avec effroi le miracle dont ils venaient d’être les témoins. Aventin continua sa marche miraculeuse ; et, après avoir avancé environ deux cents pas, parvenu à cet endroit d’où l’on commence à apercevoir la vallée qui avait été témoin de ses travaux, il tomba sur le bord du chemin. On eût dit qu’il avait voulu, avant de mourir, jeter un regard d’adieu sur sa patrie, ou bien lui léguer avec son sang ses dernières bénédictions.

La fatale nouvelle de sa mort se répandit jusqu’au fond des vallées ; elle circula de bouche en bouche avec la tristesse et le découragement, un voile de deuil parut s’étendre sur le Larboust ; cette mort enlevait aux chrétiens de ce pays leur chef si vénéré, leur plus puissant appui.

Dans la nuit, des âmes généreuses allèrent, en secret, confier à la terre ce corps mutilé ; elles cachèrent soigneusement le lieu de sa sépulture de crainte que les Barbares, après lui avoir arraché la vie, ne vinssent encore outrager sa dépouille mortelle. Plus tard, lorsque les Sarrasins eurent repassé les monts, on marqua le lieu où Aventin reçut le coup mortel et celui où fut retrouvé son corps décapité. Ces deux endroits devinrent, dans la suite, un but de pèlerinage pour les chrétiens, qui allaient baiser avec respect le roc jadis teint de son sang. Un petit monument, élevé en ce lieu, perpétue encore aujourd’hui le souvenir de cette mort merveilleuse ; et une modeste chapelle, que l’on aperçoit à l’endroit même où gisait son corps mutilé, attire de nos jours un nombreux concours de fidèles, qui viennent avec ferveur prier sur cette terre sanctifiée par le sang du Martyr, et où réside encore une vertu secrète et cachée qui produit souvent la consolation dans les âmes affligées, le soulagement dans les corps languissants et miné, par la maladie.

La tradition la plus constante nous a conservé le récif fidèle de cette mort miraculeuse, et la reconnaissance du peuple la grava, au XII siècle, sur la pierre et le marbre. On remarque, en effet, sur le portail de la belle église de Saint-Aventin, aux chapiteaux de droite, un groupe de soldats qui semblent disputer à un homme décapité sa tête qu’il arrache de leurs mains.

Une sculpture de marbre blanc, qui décore la partie extérieure du portail de l’église de Saint-Aventin, le représente dans l’attitude d’un prédicateur. Les peintres et les sculpteurs· nous l’ont toujours figuré, soit avec l’habit long et la tonsure, soit avec le capuchon de l’ermite.