Logo-La-Vie-des-Saints

D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

Histoire des Saints, des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

La Vie des Saints Webp

Saint Abel

Saint Abel, le premier des justes, le premier des martyrs, et la première figure de Jésus-Christ. 3876 av. J.-C.

Sommaire

Hagiographie de saint Abel

Lorsque, au lendemain de la chute originelle, Eve donna le jour à Caïn, son premier-né, elle s’écria : Possedi virum Dominum, « Je possède l’Homme Dieu ». Dans l’illusion d’un bonheur prématuré, elle croyait que le Sauveur qui devait sortir de sa race pour écraser la tête du serpent, serait le premier fils qu’elle enfanterait sur la terre de l’exil. Plus tard, à la naissance du frère de Caïn, les magnifiques espérances d’Eve s’étaient évanouies ; l’enfant sur la tête duquel elles reposaient ne les avait pas justifiées, et la mère désolée consacra le souvenir de cette douleur par le nom d’Abel qui signifie vanité.

Les deux frères, d’inclinations différentes, choisirent aussi différents genres de vie. L’aîné s’adonna à l’agriculture, et le moins âgé se livra à la vie pastorale. Il est certain que nos premiers parents observaient religieusement le jour du sabbat, présentaient à Dieu les prémices de leurs fruits et de leurs troupeaux, et offraient des sacrifices. Ils instruisaient également leurs enfants de la morale la plus pure et des principes de la religion. À l’exemple des auteurs de leurs jours, les deux frères ne manquaient pas de rendre leurs hommages au souverain Maître ; ils l’adoraient, le priaient, lui offraient régulièrement une partie des biens qu’ils recevaient de sa main libérale. Le Seigneur, de son côté, les comblait de bénédictions, leur accordait des grâces pour surmonter leurs passions et obéir à ses lois ; mais ils n’y apportèrent pas la même correspondance. Une occasion se présenta qui fit connaître l’un et l’autre et décida de leur sort.

Saint Abel
Fête saint : 30 Juillet
Abel et Caïn
Présentation
Titre : Le 1er martyr et la 1ère figure du Christ
Date : An du monde 128. 3876 avant Jésus-Christ

Figure de Jésus-Christ, Abel mourut vierge ; le premier des sacrificateurs, il offrit à Dieu une victime agréable et pure ; il fut frappé par son frère comme Jésus-Christ par ses frères ; pasteur de brebis, son sang rejaillit sur son troupeau, comme le sang du divin Pasteur sur le troupeau spirituel des âmes. Le meurtrier d'Abel sera errant et fugitif sur toutes les plages de la terre, portant au front le sceau de la malédiction divine ; nul ne pourra tuer Caïn, réservé à la seule vengeance de Dieu ; de même le peuple déicide, meurtrier de Jésus-Christ, sera errant et fugitif dans tout l'univers : il portera au milieu des peuples, sur tous les champs de l'histoire, le sceau de la malédiction qu'il a appelée sur lui-même.

Abel vs Caïn

Déjà ils étaient avancés en âge. Caïn n’avait pas perdu l’habitude d’offrir à Dieu les prémices de ses récoltes, et Abel les premiers-nés de ses troupeaux et la graisse de ses victimes ; mais la piété de Caïn était aussi avare que celle d’Abel était sincère et généreuse. Le Seigneur, qui voit le fond des cœurs, témoigna sensiblement la différence qu’il faisait des deux offrandes. Il consuma par le feu du ciel celles d’Abel, et, en récompense de la religion du jeune pasteur, il répandit la fécondité sur ses troupeaux, tandis qu’il dédaigna celles de Caïn, et la stérilité désola ses campagnes.

Jalousie de Caïn

La jalousie foule aux pieds toute justice. Au lieu de reconnaître la cause de cette disgrâce, de s’humilier, de s’avouer coupable, Caïn résolut de se venger sur son frère innocent. Le crime, une fois conçu dans son cœur, se traduisit par les traits décomposés de son visage. Le Seigneur, qui voulait le ramener à de meilleurs sentiments et le sauver, lui fit entendre sa voix :

« D’où vient » lui dit-il, « que vous êtes irrité ? D’où vient cette pâleur ? Pourquoi votre visage est-il sombre et mélancolique ? Si vous faites le bien, n’en recevrez-vous pas la récompense ? Si, au contraire, vous faites le mal, votre péché ne vous sera-t-il pas toujours présent comme un monstre prêt à vous dévorer, et ne provoquera-t-il pas ma vengeance ? Il est encore temps, quelque violente que soit la passion qui vous agite, vous pouvez y résister ».

 

Non-seulement la jalousie ne connaît point de justice, mais elle est encore inflexible : elle n’écoute ni Dieu ni les hommes. Aussi les divines remontrances ne firent-elles aucune impression sur l’esprit envenimé de Caïn. Alors, méprisant le Seigneur, qui voulait prévenir sa faute, foulant aux pieds les cris de sa conscience, il feignit de vouloir faire une promenade avec son frère :

« Sortons ensemble à la campagne », lui dit-il.

Le 1er meurtre

Abel, charmé de cette invitation, le suivit avec un esprit de paix : il était trop doux, trop innocent pour soupçonner dans son frère de mauvais desseins ; peut-être même était-il heureux de pouvoir dissiper les chagrins dont il le voyait tourmenté. Hélas ! À peine Caïn est-il un peu éloigné du toit paternel, qu’il se jette sur son frère et l’immole à sa fureur. On ne sait pas de quel instrument il se servit pour consommer son fratricide. Les peintres nous le représentent ordinairement armé d’une mâchoire ; mais les peintres, comme on sait, usent largement de la liberté de feindre. D’autres prétendent qu’il le frappa d’un coup de pierre sur le front. Les Rabbins disent qu’il le mit en pièces et qu’il déchira littéralement tous les membres de son corps innocent.

Eve et ses deux enfants, Abel le blond et Caïn le brun
Eve et ses deux enfants, Abel le blond et Caïn le brun
Le Corps d'Abel découvert par Adam et Ève, William Blake, c. 1825
Le Corps d'Abel découvert par Adam et Ève, William Blake, c. 1825

Le sceau de la malédiction

Figure de Jésus-Christ, Abel mourut vierge ; le premier des sacrificateurs, il offrit à Dieu une victime agréable et pure ; il fut frappé par son frère comme Jésus-Christ par ses frères ; pasteur de brebis, son sang rejaillit sur son troupeau, comme le sang du divin Pasteur sur le troupeau spirituel des âmes. Le meurtrier d’Abel sera errant et fugitif sur toutes les plages de la terre, portant au front le sceau de la malédiction divine ; nul ne pourra tuer Caïn, réservé à la seule vengeance de Dieu ; de même le peuple déicide, meurtrier de Jésus-Christ, sera errant et fugitif dans tout l’univers : il portera au milieu des peuples, sur tous les champs de l’histoire, le sceau de la malédiction qu’il a appelée sur lui-même. Réservé comme le témoin de la vengeance divine, il attendra l’heure inconnue de la miséricorde, sans mourir jamais comme race et sans mêler son sang au flot des générations qu’il traverse.

Iconographie

Les bas-reliefs de quelques sarcophages représentent Abel et Caïn offrant à Dieu leurs sacrifices. Caïn présente une gerbe, et quelquefois une grappe de raisin qu’il tient sur la main, et des épis qui sont à ses pieds ; Abel offre un agneau. – En sa qualité de pasteur, Abel est revêtu de la tunique et de la penula ; Caïn, au contraire, comme agriculteur, est à demi nu : on sait que, dans l’antiquité, celui qui conduisait la charrue était toujours sans vêtement. – Une mosaïque du VIe siècle, à Saint-Vital de Ravenne, montre une représentation fort singulière : c’est Melchisédech offrant à Dieu son sacrifice de pain et de vin, et, de l’autre côté de l’autel, Abel, élevant, lui aussi, les mains aux cieux. L’agneau offert à Dieu par Abel est la figure de l’Agneau de Dieu qui devait un jour s’immoler pour le salut des hommes ; le sacrifice de Melchisédech, composé de pain et de vin, est la figure du sacrifice Eucharistique qui est le même que celui de l’Agneau divin. Nul doute que l’on n’ait voulu rapprocher ici ces deux figures du même mystère, qui se sont produites dans l’histoire à plus de deux mille ans de distance. On semble autorisé à le penser par ces paroles du canon de la messe, où ce même rapprochement est exprimé :

« Daignez, Seigneur, regarder d’un visage propice et serein, et avoir pour agréables ces oblations, comme vous daignâtes agréer les présents de votre enfant., le juste Abel, et le sacrifice de votre patriarche Abraham, et celui que vous offrit votre grand prêtre Melchisédech ».

Sacrifice d'Abel et Melchisédech ; Isaïe, à droite. Saint Vital de Ravenne
Sacrifice d'Abel et Melchisédech ; Isaïe, à droite. Saint Vital de Ravenne

Culte et reliques

Jésus-Christ lui-même, d’après saint Paul, s’est chargé de placer Abel à la tête des Justes, des Prophètes et des Sages, dont le sang innocent doit retomber sur les méchants qui l’ont répandu, et sur leurs enfants imitateurs de leurs crimes. Il est donc surprenant qu’Abel, si authentiquement canonisé dans l’Ancien et le Nouveau Testament, n’ait point reçu de culte dans l’Église grecque où l’on en a décerné publiquement aux Patriarches et aux Prophètes, et que son nom ne paraisse dans aucun des martyrologes des Latins avant le Xe siècle, ni même dans le Romain moderne. Cependant, il y a longtemps que l’on invoque saint Abel dans les litanies dressées pour la recommandation de l’âme des mourants. Quelques autres martyrologes ont marqué sa mémoire an 25 mars, comme ayant été la première figure de Jésus-Christ mourant, dont les anciens avaient fixé la mort en ce jour. Les Bollandistes ont adopté cette date. Il est mis au 2 janvier dans un calendrier julien. C’est Pierre de Natalibus qui l’a marqué au 30 juillet.

Aux environs de Damas, à deux lieues d’un pont situé sur le Sycus, on commence à découvrir la Montagne d’Abel. Si l’on en croit la tradition, ce fut en cet endroit que Caîn et Abel offrirent à Dieu leurs sacrifices, et que, un peu plus loin, Caïn sacrifia son frère à sa jalousie.

Sainte Hélène fit bâtir une église dans l’endroit où se trouva son tombeau. Il n’en reste que trois colonnes ; mais le temps les a respectées et laissées entières. Le tombeau de Caïn est à trois lieues de Damas, sur le chemin de Seyde.

Caïn fuyant avec sa famille, Fernand Cormon, Musée d'Orsay, Paris (1880).
Caïn fuyant avec sa famille, Fernand Cormon, Musée d'Orsay, Paris (1880).