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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

Histoire des Saints, des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Le prophète Daniel

Prophète Daniel

Daniel, prince du sang, de la maison des rois de Juda, naquit en Judée, vers la vingt-cinquième année de Josias. Il n’avait guère que dix à douze ans, lorsqu’il fut mené en captivité à Babylone, avec plusieurs autres captifs de la première qualité. Nabuchodonosor ayant donné ordre à Asphenès, gouverneur des eunuques de son palais, de choisir entre les enfants d’Israël et de la race des rois et des princes des jeunes gens qui fussent beaux de visage, bien faits de corps, en qui il ne se trouva aucun défaut, instruits dans tout ce qui regarde la sagesse, habiles dans les sciences et dans les arts, afin qu’ils demeurassent dans le palais du roi ; Asphenès en trouva quatre à son gré, au nombre desquels fut Daniel, à qui on donna depuis le surnom de Balthazar. Or, Dieu donna à ces jeunes hommes la science et la connaissance de tous les livres, et de toute la sagesse, et il communiqua en particulier à Daniel l’intelligence des visions et des songes. Il fit en même temps qu’ils trouvassent grâce devant le chef des eunuques, en sorte qu’ils obtinrent de lui la permission de ne point manger des viandes de la table du roi, quoique ce prince l’eût ainsi ordonné.

Au temps de la seconde captivité des Juifs, il y avait à Babylone un personnage de leur nation, nommé Joachim. Sa femme était d’une grande beauté et d’une vertu plus grande encore. Elle appartenait, par son origine, à la tribu de Juda, qui, avec la prérogative du commandement, avait conservé jusqu’alors la pureté de l’antique foi. Elle portait le nom de Suzanne, qui signifie lis. Ce nom, sans doute, lui avait été donné à sa naissance, à cause de ses grâces enfantines ; mais elle le mérita doublement à cause de la beauté de son âme et de l’éclat de ses vertus. Son père et sa mère l’avaient élevée dans leurs sentiments de religion et de justice ; aussi elle conserva toujours la crainte de Dieu et le respect de sa loi : heureux fruits d’une bonne éducation, douces richesses qui sont le meilleur patrimoine
des enfants et la plus belle récompense des sollicitudes de leurs parents et leurs maîtres.

Joachim était fort riche. On l’avait emmené à Babylone comme otage quelques années avant la catastrophe qui jeta toute sa nation dans les fers ; par suite, sa fortune lui était restée. Il en profitait pour venir en aide à ses compatriotes au milieu des privations de l’exil ; sa maison et ses jardins leur étaient sans cesse ouverts ; même on s’y assemblait pour rendre la justice. Une année, on avait établi pour juges deux vieillards qui ne se recommandaient que par de faux semblants de sagesse. Ils allaient souvent à la maison de Joachim, où se rendaient aussi les Juifs impliqués dans quelque affaire. Les consultations et les jugements occupaient la matinée. Vers le milieu du jour, le peuple se retirait, et Suzanne descendait au jardin pour s’y promener. Les deux magistrats restaient quelque temps après la foule écoulée, sans doute comme des hommes préoccupés de graves intérêts, et qui expliquent entre eux, plus au long et dans l’intimité, des choses qu’on ne discute en plein tribunal qu’avec plus de réserve et moins de détail. Là, ils voyaient Suzanne entrer et se promener chaque jour au jardin ; une violente passion se glissa dans leur âme, comme un torrent marche lorsqu’il a rompu sa digue. Longtemps les vieillards cherchèrent une circonstance opportune : ils la découvrirent enfin.

Un jour, Suzanne était entrée dans le jardin, selon sa coutume : deux de ses femmes l’accompagnaient. Les vieillards, cachés à tous les yeux, observaient les démarches de leur victime. Comme il faisait chaud, Suzanne voulut se baigner ; elle donna ordre à ses femmes de lui apporter des essences aromatiques et des parfums, et de se retirer après avoir soigneusement fermé les portes du jardin. Les servantes firent ce que demandait leur maîtresse, et elles sortirent par une issue secrète qui conduisait à la maison. Nulle d’entre elles ne soupçonna qu’il y eût le moindre péril à craindre. Lorsque les femmes se furent retirées, les prévaricateurs, quittant leur retraite, ne craignirent pas de faire à Suzanne de coupables propositions ; ils essayèrent de décourager sa vertu et de prévenir sa résistance par la menace d’une vengeance lâche et cruelle.

« Nous attesterons publiquement », dirent-ils, « qu’il y avait ici un jeune homme, et que c’est pour cela que vous avez renvoyé vos filles ».

Suzanne, mesurant toute la grandeur du péril, poussa un profond soupir, et dit avec autant de sagesse que de vertu :

« Il vaut mieux s’exposer, sans crime, à votre fureur, que de commettre le mal devant Dieu ».

Puis elle jeta un grand cri et appela du secours. Les vieillards, se voyant trahis, s’enfuirent.

Le lendemain, le peuple se rendit, à l’ordinaire, à la maison de Joachim ; les vieillards s’y rendirent aussi, décidés à mettre en accusation la noble femme qui avait osé leur résister. Ils dirent à la foule :

« Faites venir Suzanne, fille d’Helcias, femme de Joachim ».

Alors les vieillards racontèrent la fable honteuse qu’ils avaient imaginée pour la convaincre d’adultère. On crut à un témoignage porté par des vieillards et par des juges ; car, chez les Israélites, encore plus que chez les autres peuples de l’antiquité, la vieillesse commandait un absolu respect, et la force et l’activité de la jeunesse s’inclinaient devant l’expérience et la majesté des cheveux blancs. Suzanne ne sut pas trouver une plus forte preuve de son innocence que de se taire devant les hommes. Mais, en même temps, la douce victime de la calomnie invoquait Dieu, à qui les chastes timidités peuvent toujours parler.

« Dieu éternel, qui pénétrez ce qui est caché et connaissez toutes choses avant même qu’elles arrivent », dit-elle, « vous savez qu’ils ont porté contre moi un faux témoignage ; et voilà que je meurs sans avoir rien fait de ce qu’ils m’ont méchamment imputé ».

L’Éternel écouta cette prière, qui partait de lèvres pures et d’un cœur plein de confiance, et il secourut l’opprimée.

Daniel fut l’instrument de la Providence. Il se trouva intérieurement touché d’une divine et prophétique lumière qui lui fit connaître la calomnie et les moyens de la déjouer. Il dit à haute voix :

« Je suis pur du sang qu’on va répandre ».

Tout le peuple alors, se tournant vers lui :

« Que signifie cette parole que tu prononces ? »

Daniel, du milieu de la foule, ajouta :

« Êtes-vous donc insensés, vous qui, sans examiner et sans connaître le vrai, prononcez la condamnation d’une fille d’Israël ? Revenez à un nouveau jugement, parce qu’on a porté contre elle un faux témoignage ».

On y revint en effet : soit que Daniel, versé dans toutes les sciences de la Chaldée, jouît déjà d’une grande autorité parmi ses compatriotes, soit plutôt qu’ils découvrissent en lui quelque signe extraordinaire, à peu près comme la multitude devine et salue, dans les grands périls, l’homme de génie que Dieu envoie pour les conjurer et les vaincre. De leur côté, les vieillards dirent à Daniel :

« Viens, et siège au milieu de nous, et nous instruis, puisque Dieu t’a conféré le même honneur qu’à la vieillesse ». Voulaient-ils braver ou fléchir le jeune magistrat ? Était-ce ironie ou craintive adulation ? Quoi qu’il en soit, Daniel dit à l’assemblée : « Qu’on les éloigne l’un de l’autre, et je les jugerai ».

On les sépara de manière qu’ils ne pussent s’entendre, et, s’adressant au premier :

« Homme vieilli dans le mal », s’écrie le Prophète, « tes iniquités d’autrefois vont être manifestées aujourd’hui. Tu rendais d’injustes sentences, opprimant les innocents et sauvant les coupables, quoique le Seigneur ait dit : « Tu ne feras point mourir l’innocent et le juste ». Si cette femme est criminelle, dis son quel arbre tu l’as vue parler à son complice ».

Le vieillard répondit :

« Sous un lentisque ».

« Très-bien », reprit le juge inspiré ; « ton mensonge retombe sur ta tête, car l’ange exécuteur des arrêts divins te divisera en deux ».

Il est étonnant sans doute que le vieillard n’ait pas compris où tendait une question si précise, ou qu’il n’ait pas su y faire une réponse évasive. Mais il semble vraiment que les désordres de la volonté retentissent dans l’intelligence, et que la sagesse de l’esprit abandonne ceux qui ont consenti à perdre la sagesse du cœur, Dieu le permettant quelquefois ainsi pour arrêter le cours insolent d’une prospérité vicieuse.

Le second vieillard vint à son tour subir son interrogatoire. Daniel lui dit :

« Race sortie de Chanaan et non point de Juda, la beauté t’a séduit et la passion t’a troublé le cœur. C’est ainsi que tu traitais les filles d’Israël, et, te craignant, elles répondaient à tes désirs ; mais la fille de Juda n’a point toléré ton insulte. Maintenant donc, dis-moi sous quel arbre tu l’as vue parler à son complice »

« Sous un chêne », répondit le vieillard également frappé de vertige. « Très-bien », reprit Daniel, « ton mensonge retombe aussi sur ta tête ; l’ange de Dieu t’attend, le glaive à la main, pour te déchirer et vous faire périr tous deux ».

À la vue d’une contradiction si éclatante, l’assemblée entière jeta un cri d’indignation et bénit Dieu, en qui les affligés ne mettent jamais vainement leur confiance. On s’éleva contre les infâmes vieillards que Daniel venait de convaincre par leur propre bouche, et, d’après la loi de Moïse, on leur fit subir la peine qu’ils avaient appelée sur la tête de Suzanne : ils furent lapidés. La gloire de l’innocence, un moment couverte par la calomnie, reprit son éclat. Helcias, Joachim et leurs amis, rendirent grâces au ciel, moins encore parce que la vie de Suzanne était sauvée que parce que sa vertu était demeurée sans tache.

La seconde année du règne de Nabuchodonosor, ce prince vit en songe une grande statue composée de divers métaux, qui fut mise en pièces par une pierre détachée de la montagne. Quoique ce songe eût entièrement frappé son esprit, il lui échappa toutefois de la mémoire, et, pour s’en rappeler le souvenir et en avoir l’explication, il fit venir dans son palais tous les devins, les mages, les enchanteurs et les philosophes de la Chaldée. Mais, aucun n’ayant pu deviner ce songe du roi, ni en donner l’explication, il prononça contre eux un arrêt de mort. Daniel, averti d’une sentence si cruelle, essaya d’en suspendre l’effet ; il se présenta devant Nabuchodonosor, et, après quelques jours de délai qu’il lui demanda pour implorer l’assistance du Seigneur, il devina le songe que le roi avait eu et lui en donna l’explication. Nabuchodonosor, rempli d’étonnement, se prosterna le visage contre terre, adora Daniel et l’établit intendant de la province de Babylone et maître de tous les mages et de tous les devins du pays.

Plusieurs années après, le roi vit en songe un arbre, au milieu de la terre, qui était excessivement haut. Cet arbre fut abattu, coupé et mis en pièces, mais en sorte que la racine demeura. Les augures, les mages et les devins du pays n’ayant pu lui expliquer cette vision, Daniel lui en donna l’explication et lui dit qu’elle signifiait que bientôt il serait réduit à l’état des bêtes et qu’il serait chassé de son palais : L’événement vérifia l’interprétation de Daniel : ce prince fut réduit, pendant sept ans, à la condition des bêtes, après quoi il remonta sur le trône et régna comme auparavant, Il ne fut pas longtemps sans retomber dans les mêmes crimes qui lui avaient attiré de la part de Dieu un châtiment si extraordinaire. Son orgueil le porta jusqu’à vouloir se faire regarder comme une divinité. Il se fit dresser une statue d’or, avec ordre à tous ses sujets qu’aussi tôt qu’on entendrait le son des instruments de musique, chacun eût à se prosterner devant la statue qu’il avait érigée. Daniel était apparemment alors absent de Babylone, au moins ne paraît-il pas dans cette occasion ; mais ses trois compagnons, ayant désobéi à l’ordre du roi, furent jetés dans une fournaise ardente, d’où ils sortirent sans avoir éprouvé la moindre douleur. La grandeur et l’évidence du miracle engagèrent Nabuchodonosor à donner un édit en faveur des Juifs et à conserver aux trois jeunes hommes leurs premières dignités.

Cependant, Nabuchodonosor mourut, et son fils Balthasar lui succéda. Le règne de ce dernier prince ne fut pas long ; il mourut la troisième année, la nuit de ce même jour où Daniel lui avait expliqué ce qui avait été écrit par une main invisible sur l,a muraille de la salle où il faisait un grand festin dans lequel il avait fait un usage profane des vases du temple. Il eut pour successeur Darius le Mède, son oncle maternel. L’estime que ce roi fit de Daniel alluma la jalousie des grands du royaume. Pour se défaire d’un sujet qui les incommodait, ils engagèrent le roi à publier un édit qui défendait à tout homme de faire aucune demande à quelque dieu ou à quelque homme que ce fût, qu’à lui seul, et cela pendant l’espace de trente jours. Daniel, qui avait coutume de prier le Seigneur trois fois par jour, continua ce saint exercice. Mais, ses ennemis, qui épiaient avec grand soin toutes ses actions, l’ayant trouvé priant et adorant son Dieu, en avertirent aussitôt Darius, qui fut obligé de le faire jeter dans la fosse aux lions. Le lendemain matin, le roi, qui n’avait ainsi traité Daniel qu’avec une extrême répugnance, vint à la fosse, y trouva Daniel en parfaite santé, et ordonna qu’on l’en tirât et qu’on y jetât en sa place ses accusateurs. En même temps, il publia un édit en faveur de la religion des Juifs. Ce fut sous le règne de ce prince que Daniel ayant lu dans les écrits de Jérémie une prédiction qui portait que tout le pays de Juda serait désolé et assujéti pendant soixante et dix ans au roi de Babylone, après avoir demandé à Dieu, par de ferventes prières, l’explication de cette prophétie, l’obtint par le ministère de l’ange Gabriel ; il apprit en même temps la mort et le sacrifice du Messie, qui devait arriver au bout de soixante-dix semaines composées de sept années chacune, et qui toutes ensemble faisaient le nombre de quatre cent quatre-vingt-dix ans.

Cyrus succéda à Darius le Mède dans la monarchie des Perses et des Mèdes. C’est au règne de ce prince que l’on rapporte l’histoire de Bel et celle du Dragon, qui étaient adorés par les Babyloniens. Daniel, pour avoir mis à mort ce Dragon et découvert au roi les impostures des prêtres de Bel, fut abandonné à la fureur des Babyloniens, qui le jetèrent dans la fosse aux lions, où il demeura six jours. Il y fut nourri miraculeusement par le prophète Habacuc, et Dieu le préserva de la gueule de ces bêtes féroces, quoiqu’on les eût affamées exprès, afin qu’elles dévorassent Daniel. Le septième jour, le roi étant venu à la fosse, pour y pleurer Daniel, le vit qui était assis au milieu des lions. Il jeta aussitôt un grand cri et dit :

« Vous êtes grand, ô Seigneur, Dieu, de Daniel ! »

Et ayant fait tirer Daniel de la fosse aux lions, il y fit jeter en même temps ceux qui avaient voulu perdre ce Prophète.

On croit que Daniel mourut en Chaldée, dans un âge fort avancé, et qu’il ne voulut point profiter de la liberté que Cyrus accorda aux Juifs, de s’en retourner dans leur pays.

La sagesse de Daniel fut si profonde que, quoiqu’il fût encore jeune, elle était déjà passée comme en proverbe :

« Vous êtes plus sage que Daniel », disait avec ironie Ezéchiel au roi de Tyr, qui se piquait lui-même de sagesse, « et il n’y a point de secret qui vous soit caché ».

Sa sainteté fut si éclatante que, même pendant qu’il vivait, Dieu en fit l’éloge par la bouche du prophète Ezéchiel, qui compare sa sainteté à celle de Noé et de Job, en disant :

« S’il se trouve, dans une ville condamnée par le Seigneur, trois hommes du mérite de Noé, de Job et de Daniel, ils seront épargnés en considération de leurs vertus ».

Josèphe dit que Dieu le combla de ses grâces et l’éleva au rang des plus grands Prophètes ; qu’il eut la faveur des princes et l’affection des peuples pendant sa vie, et qu’il jouit, après sa mort, d’une réputation immortelle. En quoi cet historien fait paraître plus de bonne foi et moins de scrupule que ceux de sa nation qui sont venus après lui, qui ne mettent point Daniel au nombre des Prophètes, sous prétexte qu’il a vécu dans l’éclat d’une condition relevée et fort éloignée du genre de vie des Prophètes. Matathias, dans le premier livre des Machabées, parle de Daniel avec estime, et le Sauveur lui donne dans l’Évangile le nom de Prophète.

On le représente : 1°) ayant près de lui un bélier avec de grandes cornes, ou un bouc à quatre cornes, par allusion à sa prophétie contre les Mèdes ; 2°) dans la fosse aux lions, avec la mitre phrygienne et les anaxyrides ou pantalon à grands plis, à cause de son séjour à Babylone et des dignités dont il fut revêtu à la cour des rois de Perse ; 3°) entre deux lions qui le respectent, étendant les deux mains comme pour rendre grâces à Dieu qui le protége ; 4°) déroulant son cartouche et laissant apercevoir le texte de ses prophéties saillantes ; 5°) expliquant les songes de Nabuchodonosor.