La Vie des Saints

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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

Histoire des Saints, des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Jean-Baptiste de la Conception

À Cordoue, en Espagne, le bienheureux Jean-Baptiste, de la Conception, fondateur des Trinitaires déchaussés, et restaurateur des captifs, célèbre par son austérité, l'innocence de sa vie, le renoncement de soi, et par son courage vraiment admirable à souffrir toutes les misères. ✞ 1613.

Hagiographie

LOrdre des Trinitaires, fondé en 1198 par saint Jean de Matha et saint Félix de Valois, après une ferveur admirable, s’était peu à peu relâché de l’observance exacte de ses constitutions.

Mais, au commencement du XVIe siècle, un désir de réforme animait les meilleurs religieux et, pour lui donner satisfaction, le chapitre général tenu à Valladolid en 1514 décida de choisir dans chaque province deux ou trois couvents où la règle serait suivie dans toute sa rigueur.

Ce décret eut peu de succès. Au seul ermitage de Valdepagnas, on y demeurait à peu près fidèle ; c’est que les paysans eux-mêmes y veillaient et exigeaient que les Pères allassent pieds nus et revêtus du grossier habit des premiers temps.

Mais Dieu préparait un Saint pour faire aboutir la réforme, qu’il voulait bien plus que les hommes. Parmi les huit enfants de Marco Garcia et d’Isabelle Lopez, à Almodovar del Campo, un garçon, Jean-Baptiste, s’était fait depuis sa petite enfance remarquer par sa piété et son esprit de pénitence austère.

Il était né le 10 juillet 1561. Sainte Thérèse, hôtesse de ses parents, avait prédit son avenir de sainteté :

« Vous avez là, leur avait-elle dit, un enfant qui deviendra un grand Saint ; il sera le père et le directeur de beaucoup d’âmes et le réformateur d’une grande œuvre que l’on connaîtra en son temps »

Dès l’âge de dix ans, faisant la guerre à des passions qu’il ignorait encore, il portait le cilice, jeûnait rigoureusement presque tous les jours, ne prenait son sommeil que dans une auge de bois avec une pierre pour oreiller. Mais surtout Jean-Baptiste aimait les pauvres avec une tendre compassion et mettait en la Sainte Vierge toutes ses affections et sa filiale confiance.

Après de fortes études de philosophie à Tolède et de théologie à l’université de Barza en Andalousie, il se décida à entrer en religion ; il hésitait entre les Carmes et les Trinitaires. La sainte Vierge lui fit entendre qu’elle le voulait parmi ces derniers ; il se présenta donc à leur noviciat en 1580, âgé de dix-neuf ans. Dès lors il montra des talents hors ligne qui firent dire de lui par Lope de Véga qu’il était « le plus beau génie de l’Espagne » ; mais plus admirables étaient son humilité, sa patience, sa charité.

Jean-Baptiste de la Conception

Fête saint : 14 Février
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Présentation

Titre : Fondateur des Trinitaires déchaussés
Date : 1561-1613
Pape : Pie IV ; Paul V

Dès l’âge de dix ans, faisant la guerre à des passions qu’il ignorait encore, il portait le cilice, jeûnait rigoureusement presque tous les jours, ne prenait son sommeil que dans une auge de bois avec une pierre pour oreiller. Mais surtout Jean-Baptiste aimait les pauvres avec une tendre compassion et mettait en la Sainte Vierge toutes ses affections et sa filiale confiance.

Auteur

Emmanuel Mathiss de la Citadelle

Les Petits Bollandistes - Vies des Saints - Septième édition - Bloud et Barral - 1876 -
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Jean-Baptiste fut bientôt l’apôtre de l’Andalousie ; son zèle et son éloquence le rendirent populaire ; on le comparait à saint Jean Chrysostome et à saint Bernard. En 1590, la peste dévastant l’Espagne, il se dévoua au service des malades pendant quarante jours sans repos ni trêve, oublieux de lui-même jusqu’à l’imprudence et arrachant au peuple souffrant des cris d’admiration. Un si saint religieux souffrait assurément du relâchement où était tombé l’Ordre des Trinitaires ; néanmoins il n’osait se joindre au petit nombre des réformés, tant il craignait leur échec. Dieu agitait pourtant son âme et lui faisait sentir l’aiguillon.

Un jour, il était à Séville, un orage épouvantable éclate sur sa tête ; effrayé de cette menace de mort, il se reproche ses résistances à l’appel qui le sollicitait ; il prend la résolution, pour éviter la colère divine, d’entrer à Valdepagnas, l’unique couvent où fût établie mais, encore, médiocrement observée, la réforme. Et comme l’orage semblait redoubler de violence :

« Mon Dieu, s’écrie-t-il, je vous en fais le vœu ! »

Aussitôt les éclats du tonnerre s’éteignent et le calme se rétablit au ciel où se montre le soleil.

Jean-Baptiste obtint avec peine du commissaire général de l’Ordre l’autorisation d’accomplir son vœu. Mais enfin il put entrer à Valdepagnas le 9 février 1597. La nuit même, un songe lui annonça son avenir : il vit que des barbares voulaient le clouer à une croix ; mais Notre-Seigneur y était fixé déjà ; et quand les clous qui transperçaient la chair de Jean arrivaient à toucher celle de Jésus, une extrême douceur remplaçait les affres du supplice. Au chapitre général tenu à Séville cette même année, il fut nommé supérieur du couvent réformé ; et tout de suite il voulut y rétablir intégralement l’ancienne règle avec toutes ses sévérités. Le peuple admirait, mais les religieux trouvaient ce zèle intempestif ; l’un après l’autre ils se retirèrent. Resté presque seul, Jean, abandonné même du général de l’Ordre, n’a plus de recours qu’à Dieu et à Marie. Il est vrai quelqu’un et l’autre lui promettent de l’aider, de lui faire surmonter tous les obstacles.

Ces obstacles, Jean les rencontra partout. Impuissant à les vaincre en Espagne, il résolut de chercher à Rome, de demander au Saint-Siège l’appui indispensable. Tout d’abord il ne le trouva qu’auprès des Saints, nombreux en Italie. À Florence, sainte Marie-Madeleine de Pazzis ; à Rome même, saint Camille de Lellis, saint François de Sales, venu pour exposer au pape Clément VIII l’état du diocèse de Genève, l’encouragèrent vivement et lui prédirent le succès. Mais ses supérieurs religieux, qui redoutaient sans doute dans ses projets de réforme une cause de trouble profond, se déclarèrent contre lui. On essaya d’abord de le faire enfermer ; il n’évita la prison que grâce à l’influence d’un de ses parents. Puis on l’accusa d’avoir fui Valdepagnas en emportant les fonds du couvent.

L’ambassadeur d’Espagne, favorablement disposé envers lui, reçut de sa cour commission de le combattre. Le pape lui-même, qui avait avec bienveillance écoutée d’abord ses demandes, parut ne plus s’en souvenir. Un moment le pauvre Père, accablé de craintes et de chagrins, parut prêt à renoncer à sa sainte entreprise ; accueilli charitablement par les Carmes Déchaussés, il accepta, sur leurs instances, d’être inscrit parmi leurs novices. Mais Dieu lui fit comprendre son erreur : une vision lui montra une foule de Trinitaires rayonnants de gloire et qui semblaient pousser un cri d’angoisse : ainsi était-il averti du danger qu’il courait en essayant d’échapper à sa vocation.

Enfin après deux ans d’inutiles efforts, de souffrances, de maladies, vint le jour du triomphe. Clément VIII, par une bulle datée du 20 août 1599, approuva la réforme et autorisa les Trinitaires réformés à constituer un Ordre nouveau avec des supérieurs distincts et la règle primitive. Jean-Baptiste était au comble de ses vœux, semblait-il. Pourtant, les luttes devaient durer un an encore : ce n’était pas assez d’avoir l’approbation du pape, il fallait faire exécuter ses volontés. Quand il l’entreprit, Jean fut en butte à des persécutions qui allèrent jusqu’à une tentative d’empoisonnement. Clément VIII lui avait concédé trois maisons de son Ordre : il n’en put obtenir qu’une, encore était-ce ce Valdepagnas, où le cri populaire avait de tout temps exigé le retour à l’esprit primitif, et les anciens religieux, emportés par la fureur, complotèrent-ils de le noyer dans une citerne.

Malgré tout, il fallait que la sainteté restât maîtresse et que les desseins de Dieu s’accomplissent. Les orages s’apaisèrent. Une ère de prospérité commença, prospérité non selon le monde, car la pauvreté fut extrême et les souffrances cruelles, mais selon la foi. Dieu, en plus d’une occasion, vint au secours de ses fidèles serviteurs par des miracles ; la réforme se propagea, et bientôt huit couvents furent réunis sous l’obédience du Père Jean-Baptiste de la Conception. Mais celui-ci n’était pas au bout de ses épreuves ; plusieurs de ses religieux le trouvaient trop austère ; ils demandèrent qu’un visiteur vînt tempérer ses rigueurs. Le Saint eut peur pour son œuvre ; il réunit ceux qui se plaignaient, offrit de se démettre de sa charge et, tombant à genoux, il découvrit ses épaules :

« Si je suis cause de cette tempête, dit-il, jetez-moi à la mer ; frappez ces épaules, je les abandonne à vos coups ; mais sauvez la réforme ! »

Ces humbles paroles touchèrent les cœurs ; le visiteur nommé rendit justice au saint. Celui-ci reprit ses fonctions ; mais il ne tarda pas à les résigner, heureux de se retrouver au rang des simples religieux. Il vécut plusieurs années encore dans la pratique de vertus que Dieu plusieurs fois bénit par des miracles.

Et enfui, au mois de janvier 1613, la mort vint. Elle fut accueillie avec grande joie par le saint homme, mais avec douleur par ses frères, qui craignaient pour l’avenir de la réforme.

« Pourquoi nous abandonnez-vous ? » Lui disaient-ils en pleurant.

Et lui, comme autrefois saint Martin :

« Seigneur, pria-t-il, si je suis nécessaire encore, je ne refuse pas le travail. »

Mais il ajoutait comme malgré lui :

« J’attends impatiemment le Seigneur ! Exspectansexspeciavi Dominum ! »

Alors ses frères commencèrent à réciter le Credo.

Culte et reliques

Et quand on fut venu à ces paroles : Et incarnaius est, le Père Jean-Baptiste de la Conception exhala son âme en Dieu, le 14 février 1613, à l’âge de cinquante-et-un ans. Le pape Pie VII, en 1819, lui accorda les honneurs de la béatification.