La Vie des Saints

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D’après les Bollandistes, le père GIRY, les propres des diocèses et tous les travaux hagiographiques. Vies des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, des Martyrs, des Pères, des Auteurs Sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables, et autres personnes mortes en odeur de sainteté.

Histoire des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

Histoire des Saints, des Reliques, des pèlerinages, des Dévotions populaires, des Monuments dus à la piété depuis le commencement du monde jusqu’aujourd’hui.

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Le bienheureux Ignace d’Azevedo et ses compagnons, martyrs dans l’île de Palma

Ignace de Azeveto

Le bienheureux Ignace d’Azevedo naquit en 1527, à Porto, ville maritime du royaume de Portugal, d’une des plus nobles et des plus illustres familles du pays. Son père s’appelait Emmanuel d’Azevedo, et sa mère, Violanta Pereira. Ces pieux parents eurent à cœur de donner à leur enfant une éducation vraiment chrétienne qui développa en lui son heureux naturel et son inclination pour la piété. Il répondit admirablement aux soins de ses maîtres par ses progrès dans les sciences et dans la vertu. Son amour pour Dieu et sa dévotion envers la sainte Vierge se manifestèrent dès son bas âge. Il sut conserver intacte la sainte vertu de pureté par la pratique de la mortification et de la prière.

Son père, voyant sa sagesse et sa prudence, voulut lui confier l’administration des biens qu’il devait un jour posséder ; mais notre Bienheureux, dont les pensées étaient entièrement dégagées des choses de la terre, refusa les offres de son père, préférant donner tous ses soins à la grande affaire de sa vocation. Après avoir passé quelques jours au collège de Coîmbre, tenu par les Pères de la compagnie de Jésus, il sentit qu’il était appelé à la vie religieuse. Un établissement avantageux lui ayant été proposé par ses parents, il crut devoir le décliner et faire connaître l’intention dans laquelle il était d’entrer clans la compagnie de Jésus. Son père et sa mère, après de vives instances pour le faire changer de résolution, le trouvant toujours inébranlable, finirent par lui donner leur consentement pour ne pas s’opposer plus longtemps à la volonté de Dieu !

Libre désormais de suivre son attrait, le bienheureux Ignace disposa en faveur des pauvres de tout ce qui lui appartenait, et une fois dépouillé de tout, il se rendit à Coïmbre, le 28 décembre 1548, et entra dans la compagnie de Jésus pour y faire son noviciat : il était alors dans sa vingtième année. Il s’appliqua avec ferveur à tous les exercices de la vie religieuse. Rien ne lui fut pénible dans les épreuves qu’on lui fit subir ; par humilité et par obéissance, il se soumettait à tout avec un égal empressement. Ses austérités furent telles que sa santé en fut altérée.

Les premières épreuves du noviciat étant terminées, Ignace, sur l’ordre de ses supérieurs, s’appliqua à l’étude de la philosophie et de la théologie, où il fit en peu de temps des progrès rapides. Sur ces entrefaites, il obtint la permission de parcourir les campagnes et d’y annoncer les vérités du salut. Livre tout entier aux ardeurs de son zèle, il remuait si profondément les cœurs par sa parole, que les larmes de tous les auditeurs répondaient à ses discours.

Ses vertus et son rare mérite lui ouvrirent de bonne heure les portes du sanctuaire, et il reçut l’ordre sacré de la prêtrise dès qu’il eut atteint l’âge prescrit par les canons. À cette époque, il fut désigné par saint Ignace de Loyola pour aller diriger le collège de Saint-Antoine, que la compagnie venait d’ouvrir à Lisbonne. Notre Bienheureux se montra digne de la confiance qu’on avait en lui. Son application, sa vigilance, sa douceur, lui attirèrent la confiance de tous. Après avoir rempli les devoirs de sa charge, il travaillait humblement de ses mains à tout ce que réclamait le service de la maison, montrant ainsi le premier l’exemple de l’humilité et de l’obéissance à la règle. Supérieur attentif à tous les besoins de ses inférieurs, il avait pour eux une sollicitude paternelle, cherchant par tous les moyens à adoucir leurs privations.

Les devoirs de sa charge ne suffisant pas à son zèle, il allait partout où le bien des âmes le réclamait ; c’est ainsi qu’on le vit parcourir les prisons, les hôpitaux, pour y porter les lumières et les consolations de la charité. Il se faisait tout à tous, s’asseyant au chevet des malades, se constituant leur infirmier, les visitant chaque jour, et pansant lui-même leurs plaies. Au milieu des travaux et des fatigues que sa charité lui imposait, il ajoutait les veilles, les jeunes, la discipline.

Sur ces entrefaites, Ignace fut envoyé en Portugal pour remplacer le Père provincial qui s’était rendu à Rome pour l’élection du successeur de saint Ignace. Il laissa partout sur son passage un souvenir durable de son zèle et de ses rares vertus. Après avoir rempli ces fonctions importantes, il revint au collège de Coïmbre pour y terminer ses études théologiques, et entra ensuite à la maison professe de Lisbonne, d’où il fut tiré par l’ordre de ses supérieurs, à la demande du vénérable Barthélemy des Martyrs, archevêque de Braga, en Portugal, qui voulait l’avoir pour l’accompagner dans la visite qu’il allait faire de son vaste diocèse. Il partit donc pour cette ville avec le Père Gomez, et ils furent reçus avec beaucoup de joie par le pieux archevêque. La visite du diocèse leur causa de grandes fatigues qu’augmentait encore la vie pauvre et mortifiée qu’ils menaient ; mais ils eurent la consolation de contribuer à produire des fruits abondants de salut par leurs saintes instructions et les grands exemples de leurs vertus et de leur charité.

Quand ils furent de retour à Braga, le bienheureux Ignace se disposa à retourner à Lisbonne ; mais le pieux archevêque, voulant fonder dans sa ville un collège de la compagnie de Jésus, le retint près de lui et le nomma supérieur du nouvel établissement. Le saint religieux montra dans sa charge la même prudence, la même douceur et la même charité qu’au collège de Coïmbre ; il y fit de plus éclater les merveilles de son zèle, de sa sainteté et de son humilité. Il se livrait aux derniers emplois, servait à la cuisine, gardait la porte, balayait la maison, et son autorité ne souffrait point de ce qui le confondait ainsi avec ses moindres inférieurs. Elle tirait, au contraire, un nouvel éclat de ces humbles pratiques, qui ajoutaient au rang de supérieur les qualités d’un saint. Il savait dérober du temps à ses occupations ordinaires pour aller annoncer la parole de Dieu, et les conversions étonnantes qu’il fit prouvèrent les bénédictions que le Seigneur attachait à ses prédications. L’estime générale dont il jouissait alarma son humilité, et pour échapper aux témoignages de vénération dont il était l’objet et qu’il ne croyait pas mériter, il écrivit au général de la compagnie, le priant de lui permettre de quitter Braga. Le Père général y ayant consenti, Ignace revint à Lisbonne, où il fit sa profession solennelle des quatre vœux, en 1565. De plus en plus détaché de lui-même par une vie de sacrifice, de ferveur et de charité, il marcha rapidement sur la voie qui conduit à la palme du martyre, qui devait couronner sa vie pleine de bonnes œuvres et mûre pour le ciel.

Saint François de Borgia ayant été élu général de la compagnie de Jésus, à la mort du Père Lainez, le bienheureux Ignace fut envoyé vers lui pour traiter des affaires des missions des Indes et du Brésil. Le nouveau général ne crut pouvoir rien faire de mieux que de confier à son zèle les missions portugaises. De retour en Portugal, Ignace se prépara au départ, car peu après il fut nommé visiteur des missions du Brésil. Il quitta le Portugal au milieu d’unanimes regrets et se rendit en toute hâte vers ces lointaines et sauvages contrées. À peine arrivé, il se mit à l’œuvre, visita toutes les maisons de la compagnie, qui étaient très-éloignées les unes des autres.

Après trois années de courses pénibles et de travaux continuels, il quitta le Brésil et revint en Europe, emportant au fond de son cœur la pensée de se dévouer désormais tout entier à ces chères missions qu’il venait d’arroser de ses sueurs et qu’il espérait arroser un jour de son sang. Arrivé à Lisbonne, il alla remercier le roi Don Sébastien de la protection qu’il accordait aux travaux de la compagnie, puis il repartit pour Rome et vint soumettre humblement à son supérieur, François de Borgia, ce qu’il avait déjà fait, et lui demander encore comme une faveur de retourner au Brésil. Le général, après l’avoir pressé sur son cœur et baigné de ses larmes, approuva tous ses projets, le nomma supérieur des missions du Brésil et lui permit de réunir, en Espagne et en Portugal, autant de religieux qu’il le jugerait utile à son entreprise.

Avant son départ, il fut présenté au saint pape Pie V, qui lui donna des marques touchantes de son affection. Plein de joie et de bonheur, Ignace quitta Rome et partit ensuite pour le Portugal et l’Espagne, où ses paroles brûlantes et ses éminentes vertus lui attirèrent de nombreux ouvriers évangéliques. Parmi ses nouveaux compagnons se trouvait un neveu de sainte Thérèse, dont les vertus édifiaient alors le monde chrétien. Il passa avec ses disciples cinq mois dans la solitude et dans les pratiques de la piété la plus fervente, et après les avoir ainsi préparés pour toutes les épreuves de l’apostolat, il se disposa à s’embarquer avec eux.

Le jour du départ étant arrivé, le bienheureux Ignace s’embarqua, avec trente-neuf de ses compagnons, sur le Saint-Jacques ; les autres prirent place sur les vaisseaux de l’escadre royale, qui partaient pour le Brésil. Nos missionnaires, par les soins d’Ignace, vivaient d’une manière aussi régulière que s’ils avaient été en communauté. L’équipage éprouva également les effets de leur zèle : ils apprêtaient la nourriture commune, la portaient eux-mêmes aux matelots, visitaient et soignaient les malades.

L’escadre royale ayant relâché à Madère, le capitaine du Saint-Jacques voulut la devancer et tâcher d’atteindre l’île de Palma ; mais le bienheureux Ignace, songeant à la responsabilité qui pesait sur lui, hésitait à courir les hasards d’un si grand péril, parce que cette mer était alors sillonnée de pirates calvinistes. Il rassembla ses compagnons et leur dit :

« Prenez courage, mes chers enfants, Dieu aime son petit troupeau ; il vous a ménagé dans sa miséricorde la plus glorieuse destination. Goûtez d’avance tout votre bonheur ; prenez aujourd’hui les sentiments les plus nobles et les plus dignes de la grandeur de votre vocation. Non, ne craignez ni la fureur ni le glaive des ennemis de Jésus-Christ. Portez désormais vos regards vers le ciel, contemplez la couronne qui vous y est préparée, combattez avec une humble défiance de vous-même, mais espérez tout de la protection du Très-Haut. Il y a grande apparence que nous serons attaqués par les calvinistes. La haine qu’ils portent à notre sainte religion les déterminera à nous ôter la vie. Qu’il n’y ait donc que ceux qui sont prêts à mourir pour Jésus-Christ qui me suivent. S’il en est quelqu’un qui redoute la mort, qu’il reste ici pour attendre l’escadre ».

Quelques-uns ne se sentant pas assez forts pour faire le sacrifice de leur vie, furent remplacés par des autres frères de l’escadre et complétèrent ainsi la généreuse troupe des futurs martyrs.

Le navire ayant mis à la voile, Ignace et ses compagnons se préparèrent à leur glorieuse destinée. Comme on approchait de l’île Palma, l’une des Canaries, le vaisseau fut attaqué par un corsaire, commandé par Jacques Sourie, de Dieppe, calviniste fanatique et cruel. Le bienheureux Ignace, avec un visage enflammé comme s’il avait vu le ciel entr’ouvert, dit à ses compagnons :

« Voici l’heureux moment de signaler notre amour pour Dieu et notre zèle pour la foi. Il faut que notre sang rende aujourd’hui ce double témoignage, ne craignons rien de ceux qui ne peuvent que faire périr le corps. Fixons tous nos regards au ciel ; rappelons-nous ce que nous sommes et ce que nous avons tant de fois désiré : les souffrances ne dureront que quelques instants, et la récompense sera éternelle ».

Après un combat acharné, les pirates envahirent le navire, dont ils se rendirent bientôt les maîtres. Les calvinistes, ivres de joie et de fureur, se précipitèrent sur les prisonniers. Leur commandant fit égorger ceux qui s’étaient le plus énergiquement défendu, et épargna les autres :

« Pour ce qui est des jésuites », ajouta-t-il, « tuez, massacrez ces abominables papistes, qui ne vont au Brésil que pour y répandre une fausse doctrine ».

Les pirates se ruèrent sur Ignace qui, à leur approche, se tourna vers ses compagnons et leur dit :

« Courage, mes frères, donnons courageusement notre vie pour un Dieu qui, le premier, a donné la sienne pour nous ».

Un coup de sabre lui fendit le crâne et le renversa sur le pont. Quoique mourant, il eut encore assez de force pour dire :

« J’atteste les anges et les hommes que je meurs dans la foi de l’Église catholique, apostolique, romaine, et que je meurs avec joie pour la défense de ses dogmes et de ses pratiques ».

Il dit ensuite à ses compagnons :

« Réjouissez-vous avec moi de ce qui fait mon bonheur. Espérez une faveur semblable, je ne vous précède que de quelques moments ; aujourd’hui, comme je l’attends de la divine bonté, nous serons tous ensemble dans le ciel ».

Comme il tenait serrée entre les mains une image de la sainte Vierge, les pirates s’efforcèrent, mais en vain, de la lui arracher. Écumants de rage, ils le précipitent, encore vivant, au milieu des flots.

Le Père Jacques d’Andrada, accouru, en voyant tomber Ignace, pour lui donner une dernière absolution, fut percé par les hérétiques de vingt coups de poignard et jeté à la mer. Tous les autres prisonniers, à l’exemple de leur supérieur, confessèrent leur foi et furent ensuite tous massacrés et jetés à la mer. Un seul, Jean Sanchez, qui remplissait sur le navire les fonctions de cubinier, fut épargné par les corsaires, parce qu’ils comptaient sur ses services : ce fut lui qui plus tard fit connaître les détails de la mort des saints Martyrs. Trente-neuf jésuites avaient donné leur vie pour leur Dieu ; mais le nombre des victimes devait être complété. Le neveu du capitaine du Saint-Jacques, qui avait demandé à entrer dans la compagnie et que le bienheureux Ignace avait admis en qualité de novice, compléta le nombre des quarante martyrs. Leur bienheureuse mort arriva le 15 juillet 1570.

Le culte public rendu à ces glorieux Martyrs s’étant répandu partout, le pape Pie IX le confirma solennellement le 11 mai 1854.

On représente le bienheureux Ignace d’Azevedo : 1°) sur la flotte où il était monté avec ses compagnons pour se rendre au Brésil, et d’où il fut jeté avec eux dans la mer ; 2°) encourageant l’équipage en élevant au pied du grand mât une image de la sainte Vierge, peinte par saint Luc. Le pape Pie V la lui avait confiée pour la porter au Brésil ; 3°) en groupe, avec ses compagnons de martyre.